Arlington Park

Publié le par Anne

Arlington ParkQuatrième de couverture :

Les femmes d'Arlington Park - une banlieue résidentielle en Angleterre - ont tout pour être heureuses : mari, enfants, maison, ami(e)s. Une existence confortable. Mais il n'en est rien. Derrière cette façade complètement artificielle, frustrations, jalousies, déceptions règnent sans partage. Juliet Randall, Maisie Carrington, Amanda Clapp, Solly Keir-Leigh : chacune a le sentiment d'être passée à côté de sa vie. Chacune tente de se révolter, de résister à la banalité, au passage du temps qui émousse le désir, fane la beauté et affaiblit les êtres. Rachel Cusk raconte vingt-quatre heures de la vie de ces femmes : on entre dans leur cuisine, on les suit au supermarché, dans des cabines d'essayage ; on pénètre aussi dans leur conscience et leurs pensées.

 

Après Les variations Bradshaw, c'est ma deuxième lecture de Rachel Cusk, pour son premier roman traduit en français. Et j'ai une fois de plus été époustouflée par la maîtrise, le sens de la construction et de la narration, en un mot l'intelligence de cet écrivain. Si Les variations parcouraient une année, ici l'action est resserrée sur une journée, et encore une fois le début et la fin se rejoignent : le matin, Juliet Randall émerge d'une nuit de cauchemar, un lendemain de soirée trop arrosée, et la soirée s'achève chez Christine Lanham, complètement bourrée après une journée "difficile".

Le roman pourrait presque être une suite de nouvelles, puisque chaque moment de la journée correspond à un univers féminin bien particulier, à un type de frustration, souvent lié au mariage, aux maternités, à l'incommunicabilité profonde entre els êtres, aux jalousies, aux rêves brisés, ou à l'impossibilité de retrouver en soi ses rêves, ses désirs d'enfant. Certaines frôlent ou s'enfoncent sans le savoir dans la dépression, voire même la folie, certaines parviennent à survivre grâce à un détachement, une forme d'absence aux autres, ou en se glissant dans la vie d'une autre qui occupe la chambre d'amis.

Mais ces femmes sont liées par cette banlieue de Londres qu'elles connaissent depuis toujours, ou qu'elles ont choisi pour horizon de leurs velléités de bonheur. En arpentant jour après jour les rues de la ville, les cours d'école, le parc et le centre commercial, elles prennent la mesure du vide, elles extirpent les racines de leur mal-être pour mieux les enfouir et se réengloutir dans un quotidien noyé de pluie. Car la pluie ne cesse de tomber sur Arlington Park tout au long de cette journée, comme un symbole de gris et de boue sur ces destins perdus. Autre élément récurrent : les cuisines familiales, dont le décor reflète les ambitions ou les défections des unes et des autres.

"Toute la nuit, la pluie tomba sur Arlington Park.

Les nuages arrivèrent de l'ouest : des nuages pareils à de sombres cathédrales, des nuages pareils à des machines, des nuages pareils à des bourgeons noirs fleurissant dans le ciel aride illuminé d'étoiles. Ils arrivèrent sur la campagne anglaise, plongée dans son sommeil agité. Ils arrivèrent sur les collines basses et populeuses où des éparpillements de lumières palpitaient dans l'obscurité. A minuit, ils atteignirent la ville qui scintillait vaillamment dans son bassin provincial. Discrètement, ils s'épanouirent telle une seconde ville aérienne, s'étendant, dressant leurs monuments sauvages, leurs tours, leurs monstrueux palais de nuages inhabités." (début du roman)

"Derrière les vitres, un amoncellement de nuages tuméfiés fondit sur la prairie grise du parking, éteignant les lances de lumière qui partout gisaient en diagonales désordonnées tels des éclairs défectueux mis au rebut. Le restaurant s'obscurcit. Un violent déluge s'abattit brutalement sur le paysage sans défense." (p. 133)

Sans défense contre elles-mêmes, toutes ces femmes d'Arlington Park le sont sans doute. Elles m'ont fait penser parfois aux héroïnes des Heures de Michael Cunningham ou à la Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Mais elles m'ont un peu flanqué le cafard, je dois bien l'avouer ! Si le roman est aussi passionnant dans son intelligence, je garderai peut-être une petite préférence pour Les variations Bradshaw, parce que c'était ma première rencontre avec Rachel Cusk !

 

Rachel CUSK, Arlington Park, Editions de l'Olivier, 2007 (et Points Seuil)

 

Antigone est fan !

 

Un livre pioché en bibliothèque, qui entre dans les challenges de Kathel et d'Antoni, une uteur qui mérite bien d'entrer chez les femmes du monde de Litterama ! 

 

voisins1.jpgChallenge-anglais.jpgFemmes du mondel ogo

Publié dans Des Mots britanniques

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Commenter cet article

Anis 13/08/2011 13:26


Je crois qu'on ne peut pas passer à côté d'un tel auteur. je pense d'ailleurs que beaucoup de femmes ont sombré ainsi à cause de l'étroitesse de leurs destins.


Anne 13/08/2011 18:09



Je vais la suivre de près, cette Rachel Cusk !



Cachou 10/08/2011 12:41


Intrigant (surtout le rapprochement avec "The Hours", que j'adore, et sous forme de livre, et sous forme de film). Mais je le réserve pour un moment où je serai sûre de ne pas déprimer en le lisant
alors! ;-p


Anne 10/08/2011 14:11



Un livre à ne pas lire en automen, effectivement (quoique, le week-end dernier...)



l'or des chambres 09/08/2011 13:29


Dans ma PAL depuis un bout de temps... J'ai peur que ce soit bien plombant comme histoire... La pluie, c'est bon, on a déjà...


Anne 09/08/2011 13:47



Je ne suis pas sûre que tu flashes pour ce livre... ça me paraît trop pessimiste pour toi... mais on ne sait jamais, tu apprécieras certainement l'écriture.



Aifelle 08/08/2011 09:38


Une auteure que je n'ai toujours pas lue, faute de temps, je le ferai un jour.


Anne 08/08/2011 10:44



Elle en vaut la peine, tu verras ! Et ça allait tellement bien avec ce temps de saison !!



Asphodèle 07/08/2011 20:58


Jen ai entendu parler mais ton beau billet me donne envie ! Le côté déprimant ne me gêne pas si c'est bien écrit... Je note ! pfff, tentatrice !


Anne 07/08/2011 22:30



Il existe en poche, c'est pas trop cher (ou en bibliothèque). Ca devrait peut-être te plaire, effectivement...