Dans la ville des veuves intrépides

Publié le par Anne

Dans la ville des veuves intrépides

Quatrième de couverture

Depuis le jour où les guérilleros ont débarqué et réquisitionné tous les hommes du village de Mariquita, les femmes sont livrées à elles-mêmes. Qu'à cela ne tienne ! Les ménagères soumises, les épouses dociles vont instaurer un nouvel ordre social. Ainsi, les très moustachues soeurs Morales décident de remédier à leur condition de célibataires frustrées en créant un bordel ambulant ; Francisca, la veuve d'un grippe-sou notoire, mène la grande vie après avoir découvert le magot de son mari. Et puis, il y a la tenace Rosalba, auto-proclamée maire, et le padre Rafael, seul rescapé de la gent masculine, volontaire pour assurer la procréation de la nouvelle génération... Baroque, éblouissante de fantaisie, la chronique tragico-burlesque d'une bourgade perdue au fin fond de la Colombie.

 

 

Depuis le jour où les guérilleros ont débarqué... Depuis le jour où je devais lire ce livre... Ca y est, c'est fait ! Merci à ma copine Carine qui a eu la patience et la gentillesse de prolonger ce prêt durant les vacances d'été.

Au début, je l'avoue, j'étais un peu dubitative : d'abord, la référence à Gabriel Garcia Marquez en quatrième de couverture ne me tentait pas plus que cela (j'ai le souvenir d'avoir lu Cent ans de solitude parce qu'on m'avait dit : "tu dois le lire, c'est un incontournable de la littérature mondiale" et... bon, oui, sans plus...) et ensuite, j'ai trouvé le début un peu long. J'étais même prête à abandonner sans regret parce que les différents chapitres ressemblent fort à des nouvelles et j'avais l'impression de ne rien perdre. Mais je me suis accrochée... et je ne l'ai pas regretté du tout !

Car l'histoire de ces femmes de Mariquita évolue, se construit vaille que vaille jusqu'à la réalisation de la Nouvelle-Mariquita, sorte de nouvel ordre social élaboré par ces femmes pauvres, premières victimes avec les enfants de la guerre civile, perdues dans la jungle colombienne. Dans la ville des veuves intrépides, ou comment les femmes peuvent non seulement survivre mais aussi s'organiser, réfléchir, instaurer une politique et une économie communes, tenter de donner un avenir au village. Vous me direz : mais bien sûr, les femmes savent faire cela au même titre que les hommes. Certes, mais elles éprouveront les mêmes difficultés que les hommes dans l'établissement des liens sociaux, dans leur rapport au pouvoir, dans leur lutte avec les éléments, dans la résolution des questions vitales les plus basiques.

C'est bien là le génie de James Canon : écrire un livre à la gloire des femmes (quand même... et après tout ça fait du bien...) tout en montrant de manière subtile la nécessité d'une juste place des hommes et des femmes, la nécessité d'un vivre ensemble. Oh! cela passe par des épisodes moitié tragiques, moitié comiques : les seuls hommes qui restent dans le village au début, ceux qui ont échappé à la rafle sont soit des enfants, soit des hommes "impuissants" si je puis m'exprimer ainsi ; parmi ceux-là, le padre Rafael, dont James Canon ne rate pas le portrait, en profite pour développer ses dées idiotes et perverses. Et tous ces chapitres sur les femmes de Mariquita sont entrecoupés de courts témoignages de soldats réguliers, de guérilleros ou de paramilitaires colombiens, tous, autant qu'ils sont, aussi violents que perdus dans la jungle. Histoire de rejeter la dictature, de quelque bord qu'elle soit, et de montrer que, peut-être, les femmes sont capables de parvenir à dépasser les violences (externes T internes) qui les menacent et la morale "béni-oui-oui" pour créer un vivre ensemble harmonieux...

Tout cela relève, bien sûr, d'une certaine (et douce) utopie. Mais comme je l'ai écrit au début de cet article, on peut se laisser emmener par l'imagination et la fantaisie de James Canon, assorties d'un humour qui m'a plu. Je suis souvent restée médusée de l'audace et de l'imagination débridée de l'auteur ! Rien que les prénoms du village : les quatre garçons, Trotski, Hochiminh, Che et Vietnam, leur copine Cuba ou la vache répondant au doux nom de Perestroïka...

Je vous conseille vraiment ce roman assez jubilatoire ! Encore une fois une belle évasion en ce temps d'été.

Bien que le livre soit rédigé en anglais et publié aux Etats-Unis, son auteur est d'origine colombienne et je le mets dans mon tour du monde pour la Colombie.

 

James CANON, Dans la ville des veuves intrépides, traduit de l'anglais par Robert Davreu, Belfond, 2008 et Le Livre de poche, 2010

 

Les avis de Chaplum, Itzamna et Aproposdelivres,

 

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Commenter cet article

Valérie 23/07/2012 07:50

Je n'ai pas été emballée par ce roman, trop bizarre pour moi peut-être.

Anne 23/07/2012 11:17



Certaines formes de déjanté me rebutent, mais j'ai apprécié ce roman ! Comme quoi... 



niki 22/07/2012 11:03

j'ai noté le titre, que je trouve épatant !

Anne 22/07/2012 11:26



Le livre l'est aussi !



antigone 20/07/2012 21:41

Ah oui effectivement, il a l'air intéressant !

Anne 20/07/2012 21:55



Tiens, tiens, j'aurais juré que tu le connaissais déjà. A découvrir, donc, je te le conseille !



Aifelle 20/07/2012 06:41

J'aime bien la couverture colorée .. quant au thème, pourquoi pas à l'occasion.

Anne 20/07/2012 12:35



Couverture colorée et pourtant, à un moment de l'histoire du village, les femmes sont obligées de s'ahbiller en noir :)



Manu 19/07/2012 19:39

Ah oui, j'ai bien aimé ce roman coloré !
En ce qui concerne Garcia Marquez, c'est vrai que 100 ans de solitude n'est pas facile à appréhender. Mais tu devrais quand même essayer L'amour aux temps du choléra. Une merveille !

Anne 19/07/2012 21:30



Merci pour l'idée ! On ne sait jamais, si je veux retenter l'aventure de lire ce monsieur...