La parole de Fergus

Publié le par Anne

Fergus a dix-huit ans, il a un frère et deux soeurs, il doit passer ses examens de fin de lycée pour réaliser son rêve : partir en Angleterre faire ses études de médecine. Il est attaché à sa famille, il aime courir, apprendre à conduire avec Oncle Tally. Il fait une découverte extraordinaire : le corps d'une enfant, à demi enterré dans la tourbe. C'est ainsi qu'il fait la connaissance d'une archéologue, Felicity, et de sa fille, Cora. Fergus tombe sous le charme de la jeune fille, mais aussi de Mel, l'enfant de la tourbe, qui vient lui parler dans ses rêves...

Mais nous sommes en Irlande, en 1981, à l'époque des Troubles, à la frontière entre le Nord et le Sud. Le frère aîné de Fergus, Joe, est enfermé à la prison du Maze, la tristement célèbre prison où des membres de l'IRA, Bobby Sands en tête, ont entamé la grève de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques, et Joe a rejoint le mouvement. Dans ses courses à pied, il sympathise avec Owain, le jeune soldat britannique qui garde un poste-frontière perdu dans les collines. 

Fergus tente de comprendre, de convaincre les uns et les autres de se parler, de réfléchir, il essaie de ne pas se laisser aspirer dans la spirale de violence qui embrase l'Irlande. Il va être amené à faire des choix décisifs, pour lui, pour ses proches, pour Mel...

 

En lisant ce très beau roman, j'ai pensé au Jeu de la mort, de David Almond, où le jeune héros est lui aussi hanté par un enfant de la mine, dont l'histoire ressemble singulièrement à la sienne. J'ai pensé au film Hunger, terrible évocation des conditions de vie des membres de l'IRA dans les prisons britanniques et du destin emblématique de Bobby Sands dans sa grève de la faim.

Mais ici, l'auteur nous raconte les Troubles du point de vue d'un adolescent sensible et attachant. Pas de réponse toute faite, pas d'idéologie monolithique. Si Siobhan Dowd prend parti, c'est en faveur de la vie, en faveur de ses personnages, dans l'originalité de leur destin, en faveur de l'Irlande dans la beauté de ses paysages et de son histoire.

 

Un extrait significatif de l'amour naissant entre Fergus et Cora, de l'emprise de la religion catholique dans ce pays (la mère de Fergus, belle figure du livre, est très croyante - mais lui se démarque des fanatismes), et surtout de l'écriture sensible qui nous plonge au coeur du drame irlandais :

"Elle (Cora) réfléchit, écouta le silence et opina. Elle se glissait à nouveau sous les draps quand un pinson entonna un premier trille hésitant. Fergus sentit se côtes pressées contre les siennes. Tous les sons, tous les objets s'évanouirent... Il n'était plus que sensation, il tombait, en chute libre, tel un épervier fondant du ciel. Il jouissait de l'exquise souffrance du silence qui les enveloppait. Il nous a sauvés par la Souffrance. Mourir est à l'image du Christ, pensa-t-il, à la fois douloureux et beau. On tend les mains. On rencontre la mort, comme un amant, et elle nous mène tout droit au cercueil.C'était la voix de tous les prêtres qu'il avait connus et entendus. 'Au coeur de la vie, Fergus. Au coeur de la vie nous sommes au coeur de la mort.' "

 

Un livre à recommander à tous, jeunes et adultes.

 

Siobhan DOWD, La parole de Fergus, Scripto Gallimard, 2009

Publié dans Des Mots en Jeunesse

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