La zygène de la filipendule

Publié le par Anne

 

 

Quatrième de couverture :

Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé assassiné. Un commissaire – qui souffre d’une homonymie fâcheuse avec un célèbre policier belge – mène l'enquête, aidé en cela par un médecin légiste déjanté et un inspecteur aussi dévoué qu'inefficace.

Dans cette jungle urbaine, tout le monde se retrouve dans le collimateur du commissaire : Nestor, le soigneur du zoo, son frère Pollux, bohème notoire et joueur endetté, le directeur du zoo idéaliste alcoolo, l'ambitieux sous-directeur, les membres du conseil d’administration, Joséphine la femme de service, sorcière à ses heures, et Ginette, la caissière, qui se prépare à une nouvelle invasion teutonne...

Immergé dans un univers où les plus dangereux prédateurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit, le policier patauge et l'enquête piétine.

Ajoutez à cela des vautours rigolards, un orang-outan amateur d’équations différentielles, un lama psychopathe, un tigre végétarien, un couple de dendrobates, sans oublier la fameuse "zygène", et vous obtiendrez un roman dé-zoo-pilant...

Vous connaissez Cuvier ? Non, pas le garagiste, l’autre : le naturaliste du 18e siècle qui, à partir d’un os, de quelques fragments et traces, réussit à reconstituer l’animal entier et son mode de vie. L’ancêtre des paléontologues, quoi ! Ca vous aiderait à comprendre ce qui se passe avec les animaux de Ricardo Salvador !

De drôles d’animaux, il y en a dans ce zoo miteux menacé de reconversion. Peut-être surtout les humains qui le gèrent et ceux qui y travaillent. Et il faut toute la bonhomie (et la rouerie) du commissaire Maigret, chargé de l’enquête, pour parvenir à dénouer l’écheveau des possibles. Euh… non, il y a bien un ours, un tigre, un lama mais… pas de chevaux dans ce zoo ?!

“Jeu de mots !” aurait dit maître Capello ! Des jeux de mots, il n’y a que cela dans ce roman, à commencer par les noms des personnages, qui auraient pu être le fruit d’un exercice créatif pour gamins amoureux de la langue française : les vétérinaires Loussore et Dubois-Lanuit, madame la sous-préfète et son mari Lapaud-de Loursse, monsieur O’Maverty, la première victime, toujours flanqué de son fidèle Vaudeux, etc, etc. Et bien sûr, le commissaire chargé de l’enquête s’appelle Maigret et ressemble au vrai en tout, adjoints y compris. D’autres jeux de langage ? Ce sont tous les titres de chapitres et toutes les références à des classiques de la littérature et du cinéma : Les trois mousquetaires, les Tontons flingueurs, Monsieur le sous-préfet aux champs…

Dans cette enquête à laquelle on peut peut-être reprocher quelques longueurs, on peut épingler aussi au passage quelques coups de griffes à l’establishment, à des fonctions politiques aux noms plus ronflants et plus longs que la réalité de travail qu’ils représentent, à la corruption, aux troquets trop chic, et peut-être même à l’art contemporain et aux critiques (mais allez savoir ce que pense réellement l’auteur… faut-il ici lui reprocher quelques lourdeurs ou se laisser aller dans le burlesque sans réfléchir ?)

Je parlais d’enquête, je parlais de gamins amoureux de la langue et de la culture française : rien de péjoratif, au contraire. La Belge que je suis a peut-être reconnu dans ce récit déjanté une pointe de surréalisme, un goût de l’absurde bien belge. Car faire vivre tout un zoo, et surtout leurs pensionnaires officiels, y monter des crimes affreux et y faire mener l’enquête par un vieux flic familier n’aura sans doute été, à la manière d’un La Fontaine, qu’un prétexte pour l’auteur à observer les gens, nos contemporains et leurs drôles de manières parfois, à dresser un catalogue de références culturelles (je suis sûre de ne pas les avoir toutes repérées !)… et à jeter un regard légèrement cynique sur notre société. Dans le Nestor jumeau de Pollux, dans l’expédition nocturne des quatre à la fin, j’ai même cru reconnaître des allusions au monde de la BD (Tintin, Les Dalton…), en tout cas il n’était pas difficile de se projeter dans ce neuvième art pour se fabriquer des images du roman.

En bref, un divertissement bien agréable et efficace, en ce temps de vacances, pour se détendre les zygomatiques !

Encore deux petits extraits un peu... "rosses" :

  Sachez enfin que la zygène de la filipendule est une vraie bestiole, citée dans le livre, mais si vous voulez plus d'explications c'est ici.

“Il (le directeur du zoo) avait rangé le dossier dans un tiroir, sorti du même tiroir un révolver et projeté un instant de se loger une balle dans le crâne. Ce qu’il ne fit pas. Il avait préféré se resservir un Bourbon, ça fait mal à la tête aussi mais c’est moins définitif. Son dimanche matin défila ainsi, entre coup de blues, coup de pompe et coup de Bourbon.” (p. 48)

Désorientés par cet imprévu, ils (les membres du CA) se regardèrent mutuellement un bon moment puis décidèrent d’organiser une autre réunion impromptue chez l’un d’entre eux pour remplacer cette réunion annulée. Le décès fut jugé, par note à main levée, comme un motif valable et monsieur O’Maverty fut excusé.” (p. 49)

 

Ricardo SALVADOR, La zygène de la filipendule, Kyklos Editions, 2011

 

Un tout grand merci aux Editions Kyklos et à Vincent Beghin des Agents littéraires pour ce partenariat !

 

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Publié dans Des Mots français

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Commenter cet article

zazy 07/09/2011 10:23


Et oui, super Zaz a encore frappé !!!


Anne 07/09/2011 11:02



 la blogueuse masquée...



zazy 06/09/2011 23:01


Salut Ad.....


Anne 06/09/2011 23:32



Ah zut, démasquée !



Sharon 06/08/2011 21:44


Pour l'instant, je lis un polar danois (La chanteuse russe de Leif Davidsen). J'ai encore neuf romans d'Agatha Christie dans ma PAL...Si je lis les neuf en neuf jours, je crois que certains
organisateurs de challenge me détesteront.


Anne 06/08/2011 21:53



Oui, mais si c'est bon pour ton moral... si en plus il ne faut pas choquer les organisateurs de challenges, où va-t-on ??



Richard 06/08/2011 20:38


Je viens de le terminer et j'ai passé un très bon moment de lecture. Une enquête assez ordinaire, c'est vrai mais un langage jubilatoire et un style marqué d'une douce folie.
Un gentil remède à la morosité actuelle.
Ma chronique sera publié dans quelques jours.
Amitiés


Anne 06/08/2011 21:37



Je verrai passer ta chronique grâce aux avis de parution sur ton blog ! Bon dimanche, Richard !



Manu 06/08/2011 19:15


Ca a l'air jubilatoire mais peut-être trop truffé de références et de jeux de mots.


Anne 06/08/2011 21:36



C'est vrai que j'ai eu un sentiment de "too much" parfois !