Le chant des orques

Publié le par Anne

 

Sofie a quinze ans et vit à Berlin, seule avec son père, un photographe reconnu. Sa mère est morte il y a quelques mois et elle ne parvient pas à sortir de l'isolement et de la torpeur du chagrin. Son père lui propose de partir en Amérique, le temps des grandes vacances, pour un reportage sur la forêt pluviale et les coutumes locales des Indiens.

Ils sont à peine arrivés à Neah Bay, à la pointe Ouest des Etats-Unis, que Sofie tombe sous le charme de Javid, un jeune Indien dont la mère, Freda, tient un motel. Pendant que son père fait des photos, Sofie passe du temps avec le garçon, qui l'emmène découvrir les orques (en cachette) et l'invite à peindre le canoë qu'il prépare pour la fête traditionnelle des Indiens Makah, en mémoire de son père.

La confiance que Javid donneà Sofie, qu'il appelle Copper, "la femme-cuivre", la blessure qu'il porte en lui et qui le rapproche d'elle, la communion avec la nature qu'ils partagent permettent à la jeune fille de dire son chagrin, de défaire petit à petit le lourd manteau du deuil, de retrouver goût au bonheur. Malgré les conflits et les non-dits avec son père..

 

Ne craignez pas, il ne s'agit pas d'un roman bien moralisant, d'une histoire qui tire platement les larmes. Non, il s'agit d'un beau roman de formation, une belle histoire d'amour sur fond de nature sauvage et de traditions légendaires. Un récit nourri de la culture indienne que nous découvrons à travers les yeux, les mains de Javid, une culture affrontée au monde moderne.

Les deux jeunes gens se sont trouvés et se permettent l'un l'autre de se trouver, de faire des choix de vie. Pour grandir et savoir vivre loin l'un de l'autre quand le temps des vacances se finira...

 

Un extrait (p. 95-96) :

"Après dix minutes de marche sur les planches, à travers une forêt toujours plus sombre et plus inquiétante, qui ne cessait de goutter, le plafond des arbres s'est éclairci et nous sommes arrivés au cap. Plusieurs plateformes avec des balustrades offraient une vue sur les falaises. A huit cents mètres devant nous s'étendait l'île au phare de Tatoosh Island, devant laquelle nous étions passés le matin avec le bateau de son oncle. Derrière, un soleil d'un rouge incandescent s'enfonçait dans la mer. Fascinée, j'ai contemplé ce spectacle de couleurs : les rochers éclairés par la lumière du soir, la mer gris ardoise et ce ciel incroyable, sanguine, qui virait de plus en plus à un chaud orangé.

Le soleil baissait vite, il avait déjà disparu de moitié derrière l'île. Je comprenais maintenant pourquoi Javid avait été si pressé. Il savait exactement à quel moment le soleil disparaîtrait. Javid Ahdunko vivait au rythme de cette terre. Avec les marées, les levers et couchers de soleil et les pérégrinations de la lune. La certitude qu'il avait encore le temps de m'embrasser avait été inscrite dans son sang. Penser à ce baiser volé fit battre mon coeur plus vite. Javid essaierait-il encore ? M'avait-il attirée ici juste dans ce but ?

La forêt, derrière nous, était devenue un monstre noir et silencieux. Au-dessous, la mer lançait furieusement ses vagues contre les rochers qui sortaient de l'eau. L'écume blanche brillait. C'était un endroit magique et les couleurs changeaient à une rapidité surprenante. Elles avaient leur propre mystique, leurs propres lois. Le ciel était maintenant jaune foncé. Comme du miel."

 

Un livre considéré par les libraires de Chantelivre comme l'un des meilleurs de 2010. Son auteur a d'abord été psychologue du travail dans un hôpital spécialisé en neuropsychiatrie. Elle écrit depuis 1996 et est très intéressée par la culture indienne.

 

Antje BABENDERERDE, Le chant des orques, Collection Millézime, Bayard jeunesse, 2010

 

Si Kathel accepte les romans jeunesse dans son challenge, voici un livre comptant pour l'Allemagne !

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Publié dans Des Mots en Jeunesse

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Anis 06/03/2011 16:05


C'est un livre vraiment intéressant et il a fallu que j'avance plus dans la lecture pour me rendre compte que c'était un auteur jeunesse


Anne 06/03/2011 19:47



Comme quoi la littérature jeunesse est une vraie littérature qui peut plaire à tout le monde ;-)



Kathel 23/02/2011 13:06


Bien sûr que je l'accepte ! Il faudrait que je m'intéresse de plus près à la littérature jeunesse, que je considère comme une littérature à part entière, et que je ne lis pas pourtant.


Anne 23/02/2011 19:57



Il y a beaucoup de bonnes choses effectivement. Des livres qui peuvent plaire à tous les publics, même adultes, comme ceux de Mourlevat, je te le conseille. Moi je fais des mélanges littérature
générale, littérature jeunesse, polars (un peu moins).