Le cheval soleil

Publié le par Anne

couverture

 

Pour présenter ce livre, je ne vois pas d'autre solution que de reprendre la quatrième de couverture :

"Elle porte le nom d'une fleur, mais Lilla n'a jamais eu le temps d'éclore. Elle a grandi dasn l'indifférence de ses parents, trop occupés à soigner les enfants des autres. Lorsque son grand amour réapparaît des années plus tard à Reykjavik, Li décide de commencer à vivre. De remuer la terre souillée de ses souvenirs, depuis les nuits passées avec son frère dans le grenier, ses conversations avec une amie imaginaire, à son mariage raté, pour faire enfin pousser le bonheur. Mais les fjords glacés ne murmurent-ils pas que les chagrins d'amour se transmettent de génération en génération ?"

 

Pourquoi pas d'autre solution ? Parce que ce livre m'a laissée un peu perplexe, je ne sais pas dire si je l'ai vraiment aimé, je pense qu'il fera peut-être son chemin et me laissera une trace durable... Je l'ai lu lentement, non seulement parce que, malgré le fait que ce soit les vacances, j'avais peu de longs moments de lecture à ce moment, mais aussi parce qu'il n'a pas réussi à me captiver suffisamment pour le dévorer. Et pourtant il est court. Et sans doute j'ai du mal à mettre en mots ce que j'ai ressenti à sa lecture. Et je dois peut-être en lire d'autres de ce pays pour m'imprégner et apprécier cette littérature, mettre des mots sur ce quelque chose de particulier (peut-être que je m'attendais à quelque chose de plus réaliste ?)

Et pourtant... il y a dans ce livre une ambiance, une communion à la nature, une poésie, une innocence, un abandon, une pudeur, une magie...

Comme dans Rosa Candida, la vie et la mort sont étroitement liées, la mort serait presque le moteur des héros de ces deux livres.  Ses parents étaient trop occupés à leur travail de pédiatres et, la mère surtout, à supporter les morts d'enfants dans son service : pourquoi Lilla a-t-elle choisi de travailler comme infirmière en soins palliatifs ? Pourquoi le fait de raconter avec un regard encore tout empreint d'innocence enfantine la "découverte" de Nelli (impossible à dire pour ceux qui voudraient lire le livre) semble-t-elle sonner la fin de la relation avec son Amoureux ?

Une ambiance toute particulière dans ce livre, de la poésie et de la magie liées à la nature, au "champ de lave verte", à la mer, mais aussi aux esprits qui hantent les sagas islandaises et la maison d'enfance de Lilla à Sjafnargata, à la chaleur de cette demeure où le frère (Mummi) et la soeur se sont occupés l'un de l'autre, se sont réchauffés autour de la grosse chaudière palpitante, dans le grenier où ils ont observé la vie au-dehors : ils avaient beau avoir des parents déficients (Lilla les appelle soit par leur prénom soit par cette expression pleine de distance "les Epoux"), ils n'avaient pas envie de partir, la maison était pour eux un cocon. Au point qu'après avoir vécu au Danemark et avoir divorcé, Lilla revient vivre là, avec sa mère.

Le sentiment d'abandon, c'est bien sûr celui que l'on ressent devant ces parents mal-aimants, devant le départ de Magda, la bonne qui leur tenait lieu de mère, mais aussi devant ce que vit Nelli, "l'herbivrogne", et devant cette relation avortée de Lilla avec son amoureux. Pourtant avec lui, elle était enfin vraiment elle-même, dans un lien tissé de promenades, de mots et d'attentions simples. Il a changé son prénom en Li et lui a ainsi donné l'occasion d'une seconde naissance. Renaissance aussi dans le lien fragile, presque inattendu entre le père et la fille, quand celui-ci est en train de mourir.

Tout cela est raconté sur un ton de simplicité, comme un regard presque étonné sur le passé révélé quand l'amoureux revient à Reykjavik, mais aussi de pudeur extrême. Et c'est peut-être cela qui rend la lecture un peu difficile : la distance paraît grande entre le lecteur et l'héroïne. Distance renforcée parfois par le procédé d'écriture un peu déstabilisant de passer de la 1e à la 3e personne presque sans transition. Peut-être par délicatesse de l'auteur qui veut à la fois préserver le mystère de son personnage, éviter une empathie un peu morbide au lecteur, l'inciter à devenir un cheval soleil ?? Allez savoir devant ce roman étrange, complexe et fascinant à la fois...

 

Steinunn SIGURDARDOTTIR, Le cheval soleil, 10/18, 2011

 

Allez lire les avis de L'or des chambres et d'Anis.

 

Un livre qui participe aux challenges Scandinavie blanche, Voisins voisines et Femmes du monde (Littérature au féminin).

 

Femmes du mondel ogo Challenge voisins voisines

 

Et comme nous sommes jeudi, voici une citation de ce livre !

"Il ne nous est pas donné d'être ce que nous sommes, même pas ça.Encore moins nous est-il donné d'être ce que nous pourrions devenir. C'est à peine perceptible en nous, un infime décalage par rapport à l'ombre faite maison, et les contours de nous-mêmes sont encore plus flous que ceux de l'ombre." (p. 111)

 

Le jeudi c'est citation.gif 

La citation du jeudi : pour tout savoir, c'est chez Chiffonnette.

 

Publié dans Des Mots islandais

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Commenter cet article

nanet 13/05/2011 12:12


Ah, celui-ci est intéressant ! Tu en parles avec délicatesse et on sent bien que ce livre t'a touché. Je le note et tenterai de le trouver (ce qui par chez moi s'avère parfois très ardu)
Biz

(retard des chronique rattrapé ^^ pffff ! faut dire que ton rythme de publication m'a un peu dépassé, et comme mon temps n'est pas non pus extensible... mais bon, bilan trois livres notés et deux
en balance)


Anne 13/05/2011 15:46



Tu habites un coin éloigné sur la banquise ou en plein désert ? :) Tu fais exploser mon quota de visites quotidiennes, c'est génial !



Lystig 08/05/2011 22:40


je l'ai déjà noté !


Anne 08/05/2011 22:42



Et si j'en crois ce qu'écrit Aifelle, "La place du coeur" semble effectivement très bien aussi !



Nymphette 29/04/2011 18:45


La citation et le titre sont très beaux en tous cas!


Anne 29/04/2011 20:15



C'est un univers à découvrir ! Aifelle m'a donné envie de lire La place du coeur (joli titre aussi).



Anis 22/04/2011 09:17


Tu as raison, ce n'est pas un roman qui cherche l'empathie, bien au contraire et il n'y a pas de happy end qui rachèterait les malheurs et les souffrances, aussi le lecteur ne peut compenser sa
propre fraustration mais c'est une belle écriture.


Anne 25/04/2011 12:39



C'est tout à fait ça ! Et c'est intéressant de se plonger dans un univers un peu étrange(r).



Aifelle 22/04/2011 06:53


J'ai l'impression que c'est exactement le même style que "la place du coeur" que j'ai terminé il y a peu. Celui-ci m'attend dans ma PAL, je verrai bien.


Anne 25/04/2011 12:38



J'ai loupé cet article sur ton blog ? Je vais aller me mettre à jour !!