Le Troisième Jour

Publié le par Anne

Le troisième jour

 

Quatrième de couverture :

Elisheva, musicienne connue dans le monde entier, et Rachel, son élève violoncelliste, arrivent de New York pour un concert à Jérusalem, en 1990, un matin de khamsin.
Tandis que Rachel retrouve sa famille, ses amis et un amour perdu, Elisheva prépare une très secrète entreprise. À l'hôtel, elle rencontre Daniel, un chasseur de nazis, et sur l'esplanade du Temple, Carlos, qui travaille pour le Vatican. Survivante des camps, puisant sa force dans la musique et la colère, Elisheva a embarqué les deux hommes dans son aventure.
Sur l'échiquier de Jérusalem, deux histoires se superposent, l'une errante, qui ressuscite les blessures de l'enfance et l'intrigue amoureuse, l'autre pleine de la promesse faite aux morts.
Dans un roman où chaque personnage livre sa vérité, Chochana Boukhoza tisse sur trois jours une aventure haletante dont Jérusalem, avec ses parfums et sa lumière intense, est le centre.

 

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C'est un peu difficile de parler de ce roman, car je l'ai lu "en tranches", à Jérusalem, quand j'avais un petit moment libre, sans trop de fatigue. Je crois que si je l'avais lu chez moi, je l'aurais apprécié davantage. Mais cette déception cède la place au bonheur d'avoir lu sur place, et de pouvoir situer plus ou moins les lieux, les ambiances... C'est ainsi que j'ai compris que les Juifs appellent le Mur des lamentations "le Kotel", que j'ai voyagé de la porte des Lions à la porte de Damas, dans la vieille ville de Jérusalem, que j'ai suivi à tombeau ouvert Eytan et Rachel jusqu'à Ein Guedi, près de la Mer Morte, que j'ai croisé un vieux prêtre copte, un changeur, une Palestinienne qui vendait ses raisins sur le trottoir... La quatrième de couverture ne ment pas, qui nous présente Jérusalem comme un personnage à part entière.

"Dès que j'ai commencé à marcher dans les ruelles étroites, j'ai entendu le Cantique des cantiques. Chézaphani Hachémech, le soleil m'a brûlée, les fils de mon oncle m'ont fait travailler dans leurs vignes... Je marchais et je pleurais. Je ne savais pas pourquoi je pleurais, sans doute à cause de cette flûte qui jouait, chopée au passage d'une école et qui accompagnait un choral d'enfants. Toujours est-il que, à peine entendue, la voix de la flûte ne m'a plus quittée tandis que je longeais le quartier chrétien et entrais dans la Via Dolorosa. J'ai senti la peau douce de Jérusalem apparaître derrière les pierres blanches, puissantes et râpeuses des murailles. Une peau douce derrière l'os de la ville. Des centaines d'hommes sont morts pour ce sanctuaire. Des milliers de jeunes gens de vingt ans y ont été blessés. Mais rien n'a changé dans la cité. Incroyable paradoxe, terrible paradoxe d'une civilisation qui s'interdit de déplacer une pierre de la ville, mais qui accepte qu'on meure pour elle." (p. 235)

 

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Et puis il y a ces deux femmes, Elisheva et Rachel. Grâce à la première, rescapée de Maidanek, émigrée en Israël dès la fondation de l'Etat en 1948, nous pouvons pressentir l'ardeur, la solidarité et les difficultés des premiers kibboutz, des premiers colons, des soldats qui voulaient défendre ce pays conquis par la force. La seconde, la plus jeune, a fui Jérusalem mais aussi un amour qui n'a pas su la retenir (ou concurrencer la musique) et un père autoritaire, tatillon, blessé.

"Un jour j'ai transcrit les phrases de mon père en notes musicales. J'ai choisi un saxo, des percussions, un violoncelle en pizzicati et des interventions vocales qui montent en vocalises vers les aigus pour rythmer les chocs émotionnels subis par les gens qui le côtoient.

Mon père est incarné par deux thèmes qui s'opposent.

Le premier, boum boum, boum, bas et heurté, quand il me dit : "Dégage !" ou bien "Qu'est-ce que j'en ai à foutre de toi ?" ou "Ton avis et toi... sont peu de chose à mes yeux !", un mouvement, saccadé, décalé, dirigé par une battue serrée.

Le second, long, lent, tout en douceur, résume sa relation à Dieu. Il est joué par une flûte traversière et sur deux notes, mi, si : "Messie, see me, mais si,miss mi" qui se renouvellent pour suggérer le rythme de la prière. Deux notes pour raconter comment mon père bénit le pain, deux notes pour raconter sa joie à la synagogue, deux notes quand il chante des psaumes." (p. 215)

La musique, elle aussi, joue un rôle dans ce récit à plusieurs voix : celle qui naît des cordes des violoncelles, celle qui permet de donner un certain sens à sa vie malgré le chaos, celle qui rassemble ou qui divise. Celle qui permet peut-être de voir au-delà des apparences, car dans ce roman, personne n'est tout à fait celui qu'il semble être, ou le personnage qu'il a construit pour faire illusion à ses proches.

"J'ai compris que mon père était fêlé, et que sa folie était très particulière, qu'elle était le résultat de sa naissance en terre d'islam. Qu'il soit un sioniste convaincu ne changeait rien à son problème. Il portait en lui un terrain secret mais tenace, un terrain où Juifs et Arabes pouvaient s'entendre, faire des affaires, continuer à se parler." (p. 223)

Le titre du roman me fait penser à une référence chrétienne (celle de la résurrection le troisième jour), sa découpe en cantiques fait plus référence au livre "amoureux" de l'Ancien Testament, la langue est belle, et pourtant la fin m'a laissé un goût d'anéantissement : la musique était un prétexte pour régler une Histoire insoluble, impardonnable, insurmontable.

Un très beau roman (malgré les réserves liées aux conditions de lecture, il fallait sans doute le lire là-bas).

 

Chochana BOUKHOBZA, Le Troisième Jour, Denoël, 2010

 

Griotte et Mimi avaient bien aimé aussi.

C'était l'occasion de vous montrer deux vues de Jérusalem, l'une prise depuis le Musée de la Citadelle et l'autre, de la porte de Damas.

Merci à ma soeurette qui m'avait offert ce livre à mon anniversaire ! Et cela me permet de le faire entrer in extremis dans le challenge de la Rentrée littéraire 2010... 1pourcent et bien sûr dans mon challenge challenge Des notes et des mots 4

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Anis 18/05/2012 18:35

C'est super de voir tes photos après avoir lu ce livre.

Anne 18/05/2012 18:59



Ce sont celles de ma soeur !



Anis 15/08/2011 10:13


Je viens de découvrir Zeruya Shalev, j'aimerais bien continuer à découvrir les auteurs de ce pays.


Anne 15/08/2011 11:09



J'ai vu dans Lire un extrait d'un roman de David Grossman, Une femme fuyant l'annonce, à paraître ce 18 août, un destin de femme et un tableau d'Israëlde 1967 à nos
jours. Un roman masculin évidemment, qui a l'air très intéressant !



Manu 01/08/2011 19:22


C'est magique de découvrir un livre dans la ville où il se déroule. Jérusalem doit être très belle.


Anne 01/08/2011 22:45



Magnifique en effet ! J'adore l'extrait que j'ai cité, c'est tout à fait ça !



Jeneen 31/07/2011 15:04


Quel billet fantastique, à regretter de ne pas aller à Jérusalem avant de lire le livre que bien sûr je note, tes extraits donnent tellement envie !


Anne 31/07/2011 16:14



Belle écriture, belle histoire, beaux personnages, belle ville... oui, note-le !



Asphodèle 31/07/2011 14:41


Ah ! Mafnifique de vérité ron billet ! Le khamsin et...la musique, c'est ce que j'ai retenu de cette terre aussi ! Et ta connaissance des références bibliques est...magique !
Mes souvenirs me semblaient lointains, en fait rien n'a vraiment changé à Jérusalem... ;)


Anne 31/07/2011 16:12



Oh merci, Asphodèle ! Chochana Boukhobza connaît en effet le pays et la ville de l'intérieur. Ville immuable et situation politique compliquée (bloquée). C'est vrai que pouvoir mettre des images
sur les références bibliques, c'est génial !