Les oreilles de Buster

Publié le par Anne

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Quatrième de couverture :

Eva cultive ses rosiers. À cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée qu’elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle s’occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi la cruauté est-elle plus douce lorsqu’on l’évoque dans l’atmosphère feutrée d’une maison endormie. Eva   fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne l'a jamais aimée. Très tôt, Eva s'était promis de se venger. Et elle l'a fait, avoue-t-elle d'emblée à son journal intime.

 

Voilà finalement le livre que j'ai choisi pour le club de lecture, sur le thème "Figure(s) de la mère".

Le temps d'un été, dans un cahier bordé de roses, Eva se souvient... Elle raconte cette relation à sa mère, le triangle formé avec son père, impuissant à contenir les errances et les violences psychologiques de cette mère que l'on qualifierait sans doute en psychologie de "mère toxique". Elle évoque son enfance de petite fille malmenée, dévalorisée par sa mère. Avec le recul, on découvre l'ambivalence de ses sentiments, le développement de sa face blanche et de sa face noire, signes d'une enfant prise dans des forces violentes qui la dépassent, qu'elle ne comprend pas bien, et qui la dominent à certains moments. Je ne vous dirai pas qui est Buster, vous découvrirez vous-même qui est ce confident si vous acceptez de vous laisser prendre par la main (et par les tripes) pour suivre le destin d'Eva.

Mais ce livre ne raconte pas seulement cette relation mère-fille. Tout au long de l'été, les femmes de Frillesas, le village côtier où habitent Eva et Sven est traversé d'autres douleurs, d'autres révoltes, d'autres violences vécues par des femmes. Suzanne est en plein divorce, trahie par l'homme dont elle croyait ne jamais douter de l'attachement. Irène, qui devient petit à petit démente, est abandonnée par sa fille dans une maison de retraite maltraitante. Gudrun compense les frasques de son mari par une boulimie envahissante. Petra chasse son mari de la maison familiale et conquiert sa liberté. Des femmes qui cherchent douloureusement l'indépendance ou qui vivent l'amour maternel comme un buisson d'épines.

Les épines: il en est beaucoup questions dans ce roman, puisque Eva cultive avec amour des milliers de roses dans une roseraie menacée. Les épines, celles qui s'enfoncent dans le coeur quand on découvre que l'amour n'a été qu'une illusion. Celles qu'Eva s'enfonce dans la main pour s'immuniser contre la douleur.

Ce roman est vraiment très riche de toutes ces thématiques, pas seulement féminines : Maria Ernestam érafle au passage la politique sociale suédoise envers les personnes âgées, le racisme ambiant dans le pays, jusqu'à ce petit village de Frillesas, dont elle croque la vie et les personnages avec jubilation. Cela nous soulage quelque peu de ce portrait de mère terriblement choquante, et semble nous éloigner d'elle, mais pas tant que ça, finalement.

La construction du récit, les retours en arrière, les ralentissements, les ruptures traduisent les peurs d'Eva face à ces souvenirs en train de crever la surface, et ménagent le suspense jusqu'au bout. Je croyais avoir deviné certaines choses, alors que j'étais à côté de la plaque, et j'ai été bluffée par une certaine révélation apparue fin juillet ! Et c'est au mois d'août, au moment où la lumière commence à baisser rapidement en Suède, que les ombres d'Eva s'éclairent définitivement et que le roman s'achève.

Un seul petit bémol : j'ai trouvé que le début de son histoire d'amour avec John sonnait vraiment comme un roman à l'eau de rose (décidément, elles sont partout ces fleurs) et cela m'a franchement agacée sur le moment, cela a failli ralentir ma lecture, mais cel parti pris (si c'en était un) pouvait finalement se comprendre. Par après, je n'ai plus lâché le récit d'un pétale !

Un roman de roses et de mots étouffés, étouffants. A découvrir !

 

"Nous étions tous les deux dans l'herbe, avec nos rêves périmés et nos espoirs amoindris. J'ai vu notre maison peinte en leu, le pantalon de Sven à l'ourlet élimé, ses sourcils aux poils indomptables. J'ai vu des éclats de ciel dans ses yeux et deviné la senteur des roses. J'ai su que je faisais ce que je pouvais, et que ça ne donnerait rien de plus. Ni plus ni moins. J'ai tué ma mère, et j'ai survécu." (p. 57-58)

 

Maria ERNESTAM, Les oreilles de Buster, traduit du suédois par Esther Sermage, Gaia, 2011

 

Les avis de Emmyne (merci pour le conseil appuyé !), Reka, Theoma, Kathel, Aproposdelivres...

 

Un livre que j'inscris dans le challenge Femmes du monde, et bien sûr en Scandinavie blanche et en Voisins voisines

 

Femmes du mondel ogo

 

 

 

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Publié dans Des Mots suédois

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Commenter cet article

Cachou 16/06/2012 19:59

Ah, un bon livre pour finir (tu étais encore dubitative de la chose au club, non?)!

Anne 17/06/2012 12:40



Disons que je ne voulaispas préjuger de la fin. Il y a une surprise de taille sur la personne de son compagnon !



l'or des chambres 22/05/2012 12:55

Une lecture qui laisse une empreinte c'est sûre et certain... J'ai vraiment beaucoup aimé... J'ai un autre titre de cet auteur qui m'attend sur ma PAL, maintenant y'a plus qu'à l'en sortir :0)

Anne 22/05/2012 13:42



En effet, ce n'était pas son premier roman. Je suis curieuse ! Et vive les PALS !



Lounima 20/05/2012 18:09

Déjà noté et ton avis ne fait que confirmer... Il faut juste que je le case dans mon programme lecture déjà bien chargé... ;-)

Anne 20/05/2012 22:19



Mais ça fait tellement plaisir de se caser des inattendus dans le programme !



DeL 20/05/2012 13:33

Il a rejoint ma PAL il y a peu suite aux nombreux avis positifs ;)

Anne 20/05/2012 22:08



Bonne lecture !



Liliba 20/05/2012 11:00

Je l'attends avec impatience, celui-ci... il est dans ma tournante de copines lectrices et la prochaine fois, c'est moi qui le kidnappe !

Anne 20/05/2012 11:13



Je pense qu'il devrait te plaire, on va voir tourner les p'tits coeurs !