Maudit soit le fleuve du temps

Publié le par Anne

Maudit soit le fleuve du temps

 

Quand la mère d'Arvid, le narrateur, a appris qu'elle était atteinte d'un cancer, elle a brusquement quitté son mari et sa maison d'Oslo et a pris le premier ferry pour rejoindre le nord du Danemark, dont elle est originaire, et passer quelques jours dans un petit chalet qu'elle possède au bord de la mer. Et Arvid part lui aussi la rejoindre sur un coup de tête dès qu'il apprend le départ de sa mère. Il est sur le point de divorcer. Sur le bateau, sur la plage, le passé remonte à la surface. Arvid, qui travaille comme ouvrier et milite au parti communiste, se souvient du jour où il a annoncé qu'il délaisserait ses études pour travailler en usine. Il se rappelle son enfance dans un appartement étriqué, étouffé par la famille nombreuse, il retourne dans son appartement d'étudiant où il accueillait son premier amour, une très jeune fille. Dans ces incessants aller-retour entre passé et présent, il se souvient aussi de son jeune frère, celui qui le suivait...

 

Fragiles images du départ et du village d'autrefois.

Maudit soit le fleuve du temps : trente-deux années ont passé.

 

C'est ce poème de Mao qui donne le titre de ce récit assez court (235 pages), où Per Petterson se glisse dans la peau d'un homme mal dans sa peau, qui semble n'avoir jamais trouvé sa place. Quand il était enfant, il ne ressemblait pas à ses frères ni à ses parents ; plus tard, quand tout le monde soulignait enfin sa ressemblance avec son père, il repoussait cette reconnaissance parce qu'il ne voulait pas avoir de traits communs avec un homme si ordinaire et se sentait plus proche d'une mère qu'il devinait différente, originale. Coincé entre deux frères remarquables, il s'est exalté pour le militantisme communiste et a obéi aveuglément à la "suggestion" de devenir ouvrier. Alors qu'il est issu de cette classe sociale, en quittant ses études, il a fortement déçu sa mère. Il n'a sans doute pas non plus été très équilibré dans sa vie amoureuse et au moment où le récit commence, il va divorcer. On sent bien qu'il noie ses problèmes dans l'alcool.

Cette course pour rejoindre sa mère au Danemark marque le désir d'un fils de renouer une relation marquée par les non-dits, la déception, la tendresse inexprimée. Arvid découvrira aussi un pan ignoré de l'histoire de cette femme si secrète et imprévisible.

Ce roman qui dévoile tant de blessures intimes est pourtant écrit sans fard, sans pathos, Arvid semble dérouler ses souvenirs sans émotion particulière. C'est au lecteur de combler les blancs, les incertitudes, les déchirures de cette vie d'homme qui finit par nous toucher presque sans bruit.

"Je ne me rendais pas compte des changements qui s'annonçaient, sauf au dernier moment ; je ne savais pas qu'une tendance peut en cacher une autre, comme disait Mao, j'ignorais que les courants rofonds pouvaient bifurquer dans un sens que nous n'avions pas prévu. Et quand on n'est pas capable de prendre le bon tournant au bon moment, on se retrouve sur le bas-côté, seul." (p. 75)

Une part des non-dits est peut-être liée aussi à l'histoire des relations entre les deux pays, Norvège et Danemark, que je ne connais pas. Par contre, le roman est truffé de références à des classiques de la littérature européenne, comme Les misérables de Victor Hugo, Gunther Grass, etc. La communication, la tendresse entre la mère et le fils s'est nourrie - heureusement - des mots écrits par d'autres, tout comme ils nous nourrissent...

 

Per PETTERSON, Maudit soit le fleuve du temps, Gallimard, 2010

 

Un livre pioché en bibliothèque et qui est ma première participation au challenge 

  et qui compte aussi pour le challenge de Kathel et celui de Livresque : escale en Norvège !

 

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Publié dans Des Mots norvégiens

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nanet 13/05/2011 11:50


Je ne me sens pas plus attirée par celui-ci alors que j'aime bien la différence, justement.


Anne 13/05/2011 15:37



Ce n'atait pas un coup de coeur mais une découverte intéressante.



Lystig 13/04/2011 20:36


non ! français !


Anne 14/04/2011 10:58



Allez dis ! (Belgian expression)



Lystig 13/04/2011 17:34


gniark gniark !


Anne 13/04/2011 18:07



Ceci est un ricanement danois... :)



Lystig 13/04/2011 13:09


oui, il en a écrit plusieurs, dont "pas facile de voler des chevaux" (horreur, malheur, il est dans ma PAL!!!)


Anne 13/04/2011 17:20



J'ai vraiment envie de le lire, maintenant !



Lystig 13/04/2011 08:59


auteur très célèbre en Norvège !
et où est cette maison en bord de plage au Danemark ????


Anne 13/04/2011 12:15



Je ne sais plus, je n'ai pas retenu et j'ai rendu le livre à la bibliothèque !! Il me semble qu'on parlait de l'île de Loeso (o barré), c'est possible ?