Pitié pour le mal

Publié le par Anne

Pitié pour le mal

 

Au mois d'août 1944, Mutien et Abel (dit Belo), 14 et 8 ans, se sont engagés dans une aventure hors du commun. Une colonne d' Allemands en déroute a réquisitionné tous les chevaux de la ferme familiale pour permettre de rapatrier des soldats épuisés, blessés, déboussolés par la défaite. Or, parmi les chevaux, on compte Gaillard de Graux, un brillant étalon brabançon, un magnifique cheval de trait qui faisait la fierté du père des garçons, abattu par les Allemands en représailles d'un acte commis par des résistants.

Mutien n'hésite pas une minute : il décide de suivre les Allemands, pour récupérer à tout prix le cheval. Son petit frère le suit, vaille que vaille, hésitant entre le désir de suivre ce frère tant admiré, l'envie de rentrer à la maison, les scrupules et les remords quand il ne peut pas aller à la messe le dimanche, et un certain attrait pour "les ennemis". Parmi eux, Gunther, un vieux soldat qui s'attache aux garçons et les protège de loin...

Bien des années plus tard, Abel (délié de ses voeux après vingt-cinq ans de vie monastique) retrouve les traces de cette expédition parmi les souvenirs de Mutien, alors disparu en mer. Il relit ce voyage initiatique en retrouvant ses yeux d'enfant, et réfléchit toujours à la question de la faute, de la frontière fragile entre "ennemis et amis", du pardon.

 

Voilà un beau roman, qui avait été choisi comme coup de coeur par le club de lecture de la Bibliothèque de Tournai en octobre dernier (le principe étant que trois lecteurs au moins doivent avoir lu et apprécié le livre pour lui décerner le coup de coeur). Une langue classique, simple et forte à la fois, pour exprimer l'amour du cadet pour le grand frère, l'idéalisme et les compromissions de l'aîné, les remises en question de Gunther. Les aller-retour entre le passé et le présent actualisent ce questionnement, toujours valable pour nous, lecteurs. Face à la question du mal, le choix du prénom d'Abel n'est évidemment pas innocent, si je puis dire...

Une belle évocation de l'enfance, de l'amitié entre deux frères marqués à tout jamais par la disparition du père, une aventure sur la route, qui nous tient en haleine.

 

"Étrangeté du temps. Malgré les années, je n'ai rien perdu de cette soirée, ni mes habits qui séchaient devant un feu nourri, ni le ramage insouciant de nos pigeons, ni la saveur de la truite cueillie par Mutien dans une dérivation de la rivière, ni le ciel étoilé détouré par l'arche du pont. Bien qu'endolori de partout, j'ai aimé ce moment de proximité avec le grand frère sous cette chaude pièce de laine qui venait du lit parental. J'ai aimé aussi la fraîcheur de l'air, le silence jetant son coup de balai sur toutes les détresses du monde, sur notre peine du jour d'avoir vu mourir Mazette et son poulain.

Placés sous la caresse fugitive du bonheur, ces moments sont toujours présents."  (p. 45)

 

Bernard TIRTIAUX, Pitié pour le mal, Editions Jean-Claude Lattès, 2006 (et au Livre de Poche)

 

Un livre pioché en bibliothèque, lu dans le cadre du Challenge Littérature belge 1/5

EDIT du 5 décembre : Ce livre prend place dans le challenge voisins1.jpgde Kathel (Premier sur ... beaucoup, j'espère !)

Publié dans De la Belgitude

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Manu 05/12/2010 17:10


Coucou Anne. Je suis moi aussi inscrite au challenge de Reka :-)
Le thème de ce roman ne m'attire pas trop mais je ne connaissais pas cet auteur. Il faudrait que je me renseigne.


Anne 06/12/2010 10:33



Bienvenue sur mon blog, Manu ! Tu n'as jamais entendu parler du "Passeur de lumière" ? Bernard Tirtiaux est lui-même maître-verrier, et ce livre met en scène un maître du Moyen Age (si je me
souviens bien !! lecture très lointaine) Publié en Folio, donc très accessible.



Aifelle 02/12/2010 13:02


J'avais adoré "le passeur de lumière" de cet auteur. Je m'empresse de noter celui-ci, le thème me parle bien.


Anne 02/12/2010 18:54



J'avais ben aimé aussi, puis j'ai lu aussi "Les sept couleurs du vent" et je m'en suis tenue là pendant longtemps, j'étais un peu dubitative devant son style "surabondant". Celui-ci est
beaucoup plus épuré, et donne donc plus de force au propos. Ca m'a beaucoup plu, c'est presque un coup de coeur.