Publicité meurtrière

Publié le par Anne

Publicité meurtrière

 

"Quel fou furieux a pu décider de laver le monde entier de la publicité ?"

C'est la question que se pose le commissaire Kostas Charitos, responsable des Affaires criminelles à Athènes. Une série de meurtres qui ressemblent à des exécutions ont visé des stars de la pub, des modèles, une journaliste qui glissait en douce des pubs dans ses émissions... Une enquête qui démarre difficilement pour Charitos : peu d'indices, un mobile apparemment rocambolesque, et surtout l'affaire se double d'un drame personnel et national. Sa fille Katérina, qui vient d'obtenir son doctorat en droit, et son fiancé Phanis font partie des vacanciers otages de mystérieux terroristes sur l'El Greco, un bateau obligé de mouiller au large de la Crète... Pendant que les journalistes de tous bords courent à l'info, le commissaire tente de résister à l'angoisse...

 

Voilà une découverte bien intéressante que ce livre. L'énigme est assez classique, rien de sanglant ni d'éprouvant pour les nerfs du lecteur, mais le héros de cette série est assez sympathique pour retenir notre attention : son caractère à la fois bouillant et réservé, son humour un peu désabusé, son regard lucide et ironique sur la Grèce moderne, sa femme Adriani, cordon-bleu un peu envahissante, Katérina, la prunelle de ses yeux, son rapport passionnel à sa vieille guimbarde, une Mirafiori essoufflée dans la chaleur d'Athènes...

Ce qui m'a énormément intéressée aussi, ce sont toutes les références au mode de vie grec, et particulièrement athénien, les embouteillages, les filouteries, les efforts d'Athènes pour paraître une ville moderne et ordonnée pour les Jeux  de 2004, les stades olympiques devenus ensuite des déchetteries à ciel ouvert... (Je ne crois pas que Petros Markaris ait inventé ce "détail".) Tout cela est assez parlant quand on fait le lien avec les difficultés économiques actuelles de la Grèce (ou du moins ce côté des choses que nous offrent les médias européens).

Les allusions à l'histoire grecque du vingtième siècle sont très sensibles aussi : la deuxième guerre mondiale, les dictatures, le rôle de la police, la torture... Et bien sûr, particulièrement dans cet épisode, sont mis en évidence le rapport des Grecs aux médias, la place de la télévision et de la publicité dans leur vie quotidienne : effrayant et assez méditerranéen finalement !!

 

Quelques extraits représentatifs :

"Je démarre et appuie rageusement sur l'accélérateur, mais la Mirafiori peine à suivre le mouvement et renâcle instantanément, si bien que je contiens mes nerfs et redescends à soixante kilomètres heure, la vitesse de sécurité à laquelle je sais que ma guimbarde ne me laissera pas enr ade. Je me colle au postérieur d'un semi-remorque et parviens à maintenir cette vitesse jusqu'à la sortie de l'autoroute où l'on regagne la route qui mène à Chalcis. Là je ne rencontre plus aucune difficulté car la voie est si étroite que mes soixante kilomètres heure feraient verdir de jalousie Schumacher en personne." (p. 108)

 

"La Spot A. E., enregistrée en tant que société anonyme à la Chambre du Commerce, a produit la publicité dans laquelle Koutsouvélos a tourné. Ses bureaux sont sur l'avenue qui unit les quartiers de Chalandri et d'Ainaroussi, dans un zone nichée derrière le Centre médical, qui a vu les immeubles pousser comme des champignons au point qu'on en vient à se demander ce qui se développe le plus vite en Grèce : les entreprises ou l'argent sale. La solution légale pour m'y rendre est de quitter la rue Ermou et de rejoindre la rue Athinas pour gagner la rue Stadiou. Comme les solutions légales en Grèce sont celles réservées aux tortues, je décide de verser dans l'illégalité et d'emprunter dans le sens contraire autorisé aux militaires la rue piétonne Apostolou Pavlou en direction de la rue Dyonissiou Aéropagitou. L'illégalité paie toujours en Grèce, pas d'exception à la règle, et en moins de dix minutes, en passant par l'avenue Amalias de Kiphissia, je me trouve devant les locaux en question." (p. 205)

(Vous remarquerez au passage que Charitos est un vrai GPS à lui tout seul, ça m'a fait sourire au début mais m'a semblé un peu inutile ensuite.)

 

"A ce moment précis, si j'avais pu, j'aurais serré dans mes bras l'inconnu qui assassine les publicitaires. Pour la bonne raison qu'au moment où nous brûlons d'apprendre comment la victime est morte les spots publicitaires tombent les uns après les autres." (p. 259)

 

"- Votre fils va devenir un excellent citoyen grec, dis-je à Anna.

La coiffeuse se rengorge de fierté. Elle n'a pas compris le sens que je mettais dans mes paroles. Neuf citoyens sur dix, quand vous leur demandez un service, répondent : "Impossible !" Et quand vous leur tournez le dos en les méprisant, ils courent vous supplier et faire ce qui leur est demandé." (p. 399-400)

 

Si Kosta Charitos croise encore ma route à la bibliothèque ou ailleurs, je cèderai aux sirènes helléniques !

 

Petros MARKARIS, Publicité meurtrière, Editions du Seuil, 2009, et Points Seuil, 2010

 

Un livre pioché en bibliothèque et qui entre dans le challenge de Kathel et celui de Livresque pour la Grèce.

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Publié dans Des Mots grecs

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nanet 13/05/2011 11:47


Voilà un livre qui semble fort intéressant. Je le note, j'aime bien la Grèce. J'aurais aimé m'y rendre, mais la vie m'a pour l'instant tenu éloigné...

Biz


Anne 13/05/2011 15:36



J'ai eu la chance d'y aller il y a 25 ans ! Tu iras un jour ! En attendant, Markaris est assez jubilatoire.



Lystig 13/04/2011 09:02


ça me tente bien !!!!
et même beaucoup !


Anne 13/04/2011 12:16



N'hésite pas alors (et suis les conseils de Richard dans un des commentaires). Bonne lecture, Lystig !



Kathel 31/03/2011 12:37


Ce n'est pas si souvent qu'on a l'occasion de lire un auteur grec, a fortiori un auteur de polar... je note ! ;-)


Anne 31/03/2011 18:30



C'était vraiment intéressant ! On verra dans le deuxième bilan de Voisins voisines si d'autres livres de ce pays ont été lus ?



prune 31/03/2011 07:14


A moi aussi, tu viens de donner bien envie. Je note note pour un petit voyage en Grèce.


Anne 31/03/2011 12:07



Je suis allée une fois en Grèce, il y a ...longtemps ! C'est sympa d'y retourner grâce à ce livre.



Asphodèle 30/03/2011 23:46


Ah voilà que ça m'intéresse encore ce genre de lectures ! Et tu frappes à chaque fois dans un pan de ma vie perso...(mariée à un grec en 84 !! si si) et je connais bien la mentalité !!^^ Je noooote
!!^^


Anne 31/03/2011 12:06



Noooon ??? Blague à part, c'est une lecture sympa, ensoleillée malgré les crimes...