Sur une plaque d'identité (Wilfred Owen)

Publié le par Anne

Aujourd'hui, honneur à la Queen, qui fête son jubilé : j'ai donc choisi un poème en anglais (avec sa traduction par Xavier Hanotte) mais le texte est de Wilfred Owen, poète mort sur le canal de la Sambre le 4 novembre 1918. C'est surtout un hommage aux Anglais en général... mais aussi la dénonciation de la folie de la guerre. C'est un clin d'oeil à ma dernière lecture chroniquée... (Il y est question d'une plaque d'identité tout comme dans Derrière la colline.)

 

With an Identity Disc

 

If ever I have dreamed of my dead name

High in the heart of London, unsurpassed

By Time for ever, and the Fugitive, Fame

There taking a long sanctuary at last,

 

I better that ; and recollect with shame 

How once I longed to hide it from life's heats

Under those holy cypresses, the same

That keap in shade the quiet place of Keats,

 

Now, rather, thank I God there is no risk

Of gravers scoring it with florid screed,

But let my dead be memoried on tis disc.

Wear it, sweet friend. Inscribe no date nor deed.

But let thy heart-beat kiss it, night and day.

Until the name grow vague and wear away.

 

Sur une plaque d'identité

 

Si jamais j'avais un jour rêvé voir mon nom mort

Haut perché au coeur de Londres, à l'épreuve

Définitive du temps, la fugitive renommée

Ayant choisi d'y chercher enfin long asile -

 

Autant pour moi. Et j'évoque avec honte

Ce vieux désir : dérober ce nom aux ardeurs de la vie

Sous les cyprès sacrés qui baignent de leur ombre

La tombe de John Keats.

 

Aujourd'hui, je remercie Dieu : aucun risque

De voir ce nom gravé nulle part en formules fleuries.

J'aime mieux ma mort notée sur cette plaque.

Porte-la, cher ami. N'inscris ni date ni haut fait.

Mais que le battement de mon coeur l'embrasse nuit et jour

Jusqu'à ce que le nom se brouille puis s'efface.

 

Wilfred OWEN, Et chaque lent crépuscule... Poèmes et lettres de guerre (1916-1918), traduits par Xavier Hanotte, Le Castor astral, 2003

 

 

 

Publié dans Des Mots en Poésie

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Asphodèle 08/06/2012 10:30

C'est magnifique et...si vrai ! (J'avais une inhumation hier, je suis encore influencée...).

Anne 08/06/2012 10:56



Et le contexte est encore plus terrible...



antigone 03/06/2012 20:35

C'est touchant dis donc !! ;)

Anne 04/06/2012 00:14



Le destin de cet homme et ses poèmes sont très touchants... (c'est Xavier Hanotte qui m'a inoculé le virus !!)



Gwenaëlle 03/06/2012 18:23

La dernière strophe fait frissonner...

Anne 04/06/2012 00:12



Oui, le temps efface tout, même les pires tragédies...