Un billet de Nadège : Les meilleures intentions

Publié le par Anne

Les Meilleures intentions

 

Extrait de la quatrième de couverture

Par suite de quel malentendu des êtres animés par les meilleures intentions peuvent-ils se faire autant de mal ? C'est une question qu’Ingmar Bergman n'a cessé de se poser à propos de ses parents dont il a ici essayé d'imaginer et d'analyser la vie jusqu'au moment de sa propre naissance. Cette histoire se déroule donc dans une Suède encore assez idyllique […] On y perçoit cependant déjà la montée des conflits sociaux et la fragilisation non seulement d'un certain monde bourgeois mais aussi d'une conviction religieuse, où idéal et ambition tirent parfois dans des directions divergentes.

 

Encore une fois, ce roman fait partie des rescapés d’un élagage de bibliothèque. C’est avec un étonnement que j’ai découvert ce roman d’Ingmar Bergman. Je le connaissais au théâtre, je savais qu’il avait également réalisé des films, mais je ne savais pas qu’il avait écrit des romans. J’étais d’ailleurs un peu perplexe en le feuilletant : certains dialogues se présentant comme des dialogues de théâtre. J’étais également un peu dubitative sur le caractère autobiographique romancé dont je ne suis généralement pas très friande.

Et pourtant, c’est avec plaisir que j’ai lu ce récit. Nous sommes en 1909 lorsqu’il commence. Hernik, 23 ans, suit la formation de pasteur. Il se rend chez son grand-père (avec lequel sa mère et lui n’ont plus aucun contact). Celui-ci lui dit que sa grand-mère est mourante et souhaite se réconcilier avec lui. Ils sont prêts à rembourser le prêt qu’Henrik et sa mère ont dû souscrire auprès de ses tantes. Le jeune homme ne veut rien entendre. Il est pauvre, mais fier.

Lorsqu’il rencontre la famille d’Ernst, son meilleur ami, avec qui il chante dans une chorale, il se trouve confronté à un monde dont les usages lui sont tout à fait étrangers. Lors de cette soirée, il fait connaissance avec les parents d’Ernst : le père est un vieil homme, la mère a trente ans de moins que son mari et ne fait pas l’unanimité auprès des trois premiers fils de son mari. Ceux-ci sont également présents avec leurs femmes. Mais la rencontre la plus importante pour Henrik, c’est Anna, la sœur d’Ernst.

C’est elle qui fera le premier pas. Mais cette relation n’est pas vue d’un bon œil pas la mère d’Anna (ni pas la mère d’Henrik un peu plus tard). Le jeune couple s’entête et, malgré deux ans de séparation, ils finissent par se retrouver et par se marier. Anna suit Henrik à Forsboda où il trouve une place de pasteur. Les conditions ne sont pas faciles et les tensions sont nombreuses…

Ingmar Bergman s’est inspiré des récits qu’on lui a faits, de photos et de son imagination. De tout cela est né un roman dans lequel on retrouve la patte du dramaturge, du réalisateur et du metteur en scène. En effet, s’il s’agit en effet d’un roman, Bergman nous emmène en réalité au théâtre : chaque décor est décrit de telle manière qu’on imagine sans peine la scène, on voit les acteurs défiler devant nos yeux, on les entend presque. On  croirait presque lire de longues didascalies, mais tellement bien écrites que cela coule sans difficulté. Puis Bergman nous dépeint ses personnages avec une grande tendresse et une grande humanité. Et on ne peut que porter le même regard sur ce petit monde car, qu’il s’agisse des grands-parents d’Henrik, de ses parents, des parents d’Anna, d’Anna et Henrik eux-mêmes, leurs actes et leurs décisions –s’ils ne sont pas toujours les mieux adaptés à la situation –, sont toujours guidés par les meilleures intentions…

 

Ingmar BERGMAN, Les meilleures intentions, Gallimard, 1994

 

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Publié dans Les Mots de Nadège

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