Un billet de Nadège : Les papiers de Walter Jonas

Publié le par Anne

Revoici Nadège dans un nouveau billet livresque et musical. N'hésitez surtout pas à lui laisser des commentaires ! Personnellement je suis très intéressée par un jeu de miroir entre le couple du livre et la correspondance d' Merci à toi en tout cas por ces participations de si grande qualité.

 

Les Papiers de Walter Jonas

 

« Un roman où la musique et la passion donnent au héros une si grande vérité que les musicologues doutent de l'inexistence de celui-ci. »

C’est la phrase que l’on trouve sur le site d’Actes Sud pour présenter Les papiers de Walter Jonas de Baptiste-Marrey. Et il faut l’avouer, l’auteur présente un portrait tellement réaliste de son héros qu’on finit par se demander s’il existe vraiment ou si ce n’est qu’un personnage de roman. Il paraît même qu’à la sortie de l’ouvrage, certains lecteurs cherchaient les disques de Walter Jonas !

D’après la notice biographique à la fin de l’ouvrage, Walter Jonas est « un compositeur autrichien, également connu comme clarinettiste. […] Il est marié à la célèbre mezzo-soprano d’origine yougoslave Alba Zelnik » avec qui il a deux enfants. Le couple vit une histoire passionnée, commencée à la fin des années 50… Après plus de dix ans de vie commune, ils traversent une crise très douloureuse.

Alba le sait : Walter l’a régulièrement trompée tout au long de leur relation… mais en cet été 1972 (si j’ai bon souvenir), Alba s’écroule. Lisant les carnets de Walter en cachette, comme à son habitude, elle découvre qu’il l’a trompée à Vérone (là où tout a commencé pour eux) avec la jeune Matilde. Qu’il la trompe est une chose, qu’il trahisse leurs souvenirs en est une autre. Alba ne le supporte pas. A son retour, Walter la trouve en pleurs. Alba avoue qu’elle sait et – par vengeance ? par désespoir ? pas tristesse ? – elle lui avoue également l’avoir trompé, il y a plusieurs années. Walter est stupéfait par cette annonce et veut savoir : où, qui, quand ? Commence alors une longue discussion où s’entremêlent le présent, le passé, les souvenirs, les blessures pas toujours bien cicatrisées…

Pour Walter, c’est un bouleversement total : tous ses souvenirs se trouvent modifiés. Il prend conscience de cette Alba qu’il n’a jamais pris le temps de connaître, des appels qu’elle lui a lancés et qu’il n’a pas entendus, trop empressé qu’il était à « laisser ses lèvres traîner sur d’autres corps » et à composer. Pour Alba, c’est un retour aux enfers. Elle qui pensait avoir déjà assez payé se trouve contrainte de revivre ses souvenirs. Parce que Walter veut savoir, tout. Jusqu’à leur réinventer un passé.

Pourquoi ce livre est-il arrivé à moi aujourd’hui ? Il est parfois étonnant de voir par quelle conjonction de hasards nous choisissons nos livres ou comment ils nous choisissent, peut-être ? Ce livre, je ne serais pas allée vers lui, je crois, si je l’avais vu en librairie. Je l’ai choisi dans une caisse de livres qu’une amie bibliothécaire avait rapportée avant d’aller la jeter. Ce livre n’était plus sorti des rayons depuis de nombreuses années et il fallait élaguer. Si j’ai pris cet ouvrage, c’est un peu par hasard… parce que j’ai vu sur la 4ème de couverture que ça parlait de musique ! Je n’avais plus rien pour le challenge et je me suis dit que c’était l’occasion de découvrir. Je ne savais pas du tout ce que j’allais y trouver et j’ai hésité avant de le commencer. J’étais fatiguée et je n’étais pas certaine que c’était le genre de livre dont j’avais besoin : il est gros (plus de 500 pages), la construction est fracturée (sous forme de billets ne suivant pas l’ordre chronologique des événements), il ne paraissait pas folichon et j’avais peur de ne pas être réceptive.

Finalement, j’ai lu la préface… enthousiaste. Cela m’a un peu rassurée. J’ai commencé. Et je suis entrée dans le récit instantanément. Celui-ci est construit comme un opéra : ouverture – Matilde – Mouvement central – Alba – Finale. Et avec d’autres notations que je ne comprends pas vraiment, mais qui doivent parler aux initiés. La musique, la création, la passion, l’amour y sont omniprésent. Le récit de Walter et Alba est entrecoupée de lettre d’Alma et Gustav Mahler notamment… Comme en miroir… Peut-être est-ce cet effet miroir qui m’a moi aussi touchée. Car en suivant les pas de Walter et Albe, ce sont mes propres traces que j’ai suivies...

Baptiste MARREY, Les papiers de Walter Jonas, Actes Sud, 2001

Publié dans Les Mots de Nadège

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Céline72 17/06/2012 09:18

Hum hum très tentant...je prends note. Merci Nadège pour ce billet. Bon dimanche !

Ys 16/06/2012 18:29

Finalement, le désherbage a parfois du bon... j'espère que la bibliothécaire l'a finalement conservé et qu'il rencontrera de nouveaux lecteurs grâce à Nadège.