Un dimanche en poésie (25)

Publié le par Anne

Ce dimanche, je vous propose le poème de Robert Graves (traduit par Françoise Adelstain), en exergue du livre de Michiel Heyns Jours d'enfance dont je vous parlerai très bientôt.

 

Un léger tissu

 

Les enfants n'ont pas les mots pour dire la chaleur du jour,

La senteur chaude de la rose d'été,

L'horreur des étendues noires du ciel nocturne,

L'horreur des grands soldats qui battent le tambour.

 

Nous, nous avons la parole, pour figer le jour mauvais,

La parole, pour atténuer la senteur vruelle de la rose.

Le verbe pour conjurer la nuit menaçante,

Le verbe pour chasser les soldats et la peur.

 

Le léger tissu du langage nous protège

De trop de joie, de trop de peur :

Nous finissons par mourir, glauques,

Saumâtres et volubiles.

 

Mais si nous laissons nos langues se délier,

Se libérer du langage et de son étreinte insipide,

Avant la mort, non quand elle survient,

Bravant la lumière éclatante des jours d'enfance,

Bravant la rose, le ciel noir et les tambours,

Fous nous deviendrons et fous nous mourrons.

 

Les dimanches en poésie, c'est chez Bookworm.

 

 

Publié dans Des Mots en Poésie

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Asphodèle 01/05/2011 15:16


il est magnifique ce poème ! Je note l'auteur et la traduction, je devrais bien le trouver en bibliothèque...


Anne 01/05/2011 22:00



La traductrice est la même qui a traduit le livre. Le poème donne des clés de lecture du roman, je m'en suis rendu compte après coup.



sophie 01/05/2011 12:37


étrange poème et réflexion sur le pouvoir des mots;
Bon premier Mai à toi, avec ou sans clochettes!


Anne 01/05/2011 21:57



Merci ! C'était journée Portes ouvertes dans mon école, c'est une tradition aussi ! Bonne semaine à toi, Sophie !