Un soir, j'ai divorcé de mes parents

Publié le par Anne

Un soir, j'ai divorcé de mes parents

 

Dans le cadre du Prix Farniente, je viens de terminer le premier titre proposé dasn la catégorie "Une basket".

Le narrateur, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, vient de subir le divorce de ses parents. Déboussolé, il se sent  écartelé entre papa et maman qui se battent encore à travers lui, à coups de "tu lui diras que...", "il devrait..." Sa mère a sombré dans le chagrin avant de remonter petit à petit la pente, son père a vite refait sa vie et ne noue plus qu'une relation artificielle avec son fils.

Alors que son père déménage en province, le garçon saisit l'occasion de "divorcer de ses parents" : la mère ne sait rien de ce départ (soigneusement caché par son fils), et le week-end où il est sensé  être chez son père, c'est décidé, il prendra sa liberté, il prendra du temps pour lui, pour se retrouver, pour souffler.

Le premier samedi, il arpente Paris avec ivresse avant d'atterrir dans une chambre de bonne, héritage oublié de sa grand-mère. L'exaltation retombe, il connaît le froid, la solitude, l'angoisse de la nuit. Il lui faudra plusieurs semaines avant de "s'habituer" à cette vie en pointillés. Il apprend à grandir, il continue à parcourir la ville et à se cultiver, il fait quelques rencontres : Madeleine, une vieille dame très seule elle aussi... et Alma, jeune fille à la fois flamboyante et blessée... comme lui.

Je suis un peu perplexe devant ce court roman : c'est un très beau texte, la langue est très travaillée, les mots et les sons se font sans cesse écho, la douleur du divorce se traduit en phrases courtes, nettes. En tant qu'adulte, on peut sans doute se sentir touché par la souffrance de cet adolescent devant la séparation de ses parents. Mais je me demande si l'auteur, Rachel Hausfater (que je découvre grâce à cette lecture) n'a pas pris la place du jeune narrateur pour faire passer ses propres émotions, la profondeur de ses propres réflexions. C'est un peu trop fort pour un ado qui veut se sentir libre, ne plus porter le fardeau de la douleur de ses parents, mais est en même temps tellement sage; et le mensonge est un peu gros pour être vraiment réaliste. Autant la Sylvia de Ne plus vivre avec lui était crédible dans sa manière de traverser le deuil du père, autant le héros de Un soir, j'ai divorcé de mes parents manque de réalisme (nous n'avons d'ailleurs que peu d'indices sur son identité, sa personnalité).

Si je devais voter (mais je n'ai plus l'âge de mes élèves... élémentaire, mon cher Watson), et bien que n'ayant pas encore lu les autres titres de la sélection, je ne pense pas que je le mettrais en numéro 1 !!

 

Rachel HAUSFATER, Un soir, j'ai divorcé de mes parents, Éditions Thierry Magnier, 2009

 

Lisez aussi l'avis de Clarabel.

 

Publié dans Des Mots en Jeunesse

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