Une lecture dans l'air ?

Publié le par Anne

Les dames de nageCette semaine, j'ai terminé Les dames de nages, de Bernard Giraudeau. Evidemment, lecture d'actualité, après la mort de l'acteur en juillet, mais aussi occasion de retirer un (tout) petit morceau de ma PàL... et petit lien logique avec le goût du voyage du Royaume de Kensuké. (J'aime lier mes lectures avec des thèmes proches.)

Le narrateur, marin originaire de La Rochelle, a connu ses premiers émois amoureux avec Amélie, premier amour d'enfant qui ne l'a jamais quitté au cours de ses bourlinguages de port en port, du Chili à l'Afrique, d'amitiés solides en expériences très sensuelles. Mais il est surtout en quête de lui-même et sa soif d'infini ne comble pas tout à fait son désir de paix...

Il me faut l'avouer, au début, j'étais un peu réticente devant le style flamboyant (un peu grandiloquent parfois) de Bernard Giraudeau et certaines scènes torrides limite porno à mon goût (mais je suis peut-être un peu trop prude). Je me demandais si on n'avait pas surévalué l'acteur devenu auteur... Et pourtant j'aime profondément l'homme, j'aime son parcours si personnel, son rejet des routes toutes tracées.

Et puis je me suis laissée entraîner dans ses aventures (car on ne peut s'empêcher de faire des parallèles étranges entre ce narrateur, Marc Austère, et BG), j'ai cédé au charme de sa solide culture littéraire (ben voyons, facile de céder au charme de ces yeux-là), j'ai aimé sa fidélité en amitié, ses rêves, ses portraits. Comment ne pas être touchée par Marcia, le fragile travesti, comment ne pas sourire aux amours rocambolesques de Juan et Ana, comment ne pas être prise par la force des déserts traversés par Marc...

Finalement, le livre a réussi à me séduire, de façon un peu contradictoire : je l'ai lu par intermittence, tantôt balancée par la vitesse à toute berzingue du TGV, tantôt bercée par les cahots du métro parisien. A chacun(e) sa façon de trouver son exotisme... Merci, Bernard !

Une petite perle de mon goût :

"J'avais récupéré mon regard d'enfant et je m'émerveillais de tout. Après une danse qui semblait être sans fin, il y eut une vallée d'incertitude et quelques maisons : Irina. J'étais dans les langes de mon ami, son pays, ses chants. J'étais fasciné par la nudité, l'isolement au milieu des volcans, la poussière comme des valses. Le bleu était posé d'un trait sur les toits. Il y avait ce silence comme un mur, cette paix aussi, une paix à devenir fou. Le vent jouait aux quatre coins et je me demandais comment le citadin Diego, amoureux des salles enfumées, des petites scènes de lumière, qui aimait marcher le long des quais, poser son cul sur le pont des Arts, qui avait aimé Paris plus que Santiago, pouvait vivre ici dans un nombril de pierres. Moi qui aimais les déserts, avec l'infini des robes minérales, je savais impossible ma retraite en cette austérité. Je regardais, soudain épuisé, cette beauté mortelle. Je ne voyais que des Indiens reclus, taciturnes, des gestes d'un autre âge. Pourtant, quelque chose accrochait le ventre et vous sommait d'ouvrir les bras au soleil. Il faut soudain être poreux pour aimer. La terre se donne. Si elle repousse, c'est qu'on a fermé quelque chose en soi."

Et cette belle réflexion qu'il met dans la plume d'un de ses personnages :

"Ce qu'on écrit est déjà écrit. Nous sommes des chairs fermées, crispées sur nos amours, nos souffrances, nous écrivons à l'enfant que nous sommes, qui crie dans le noir et à qui personne ne répond. Il faudrait devenir perméable. Le don est la source même de l'infini, une houle de tendresse dans l'éternité."

 

Les dames de nage, de Bernard Giraudeau, Points Seuil

Publié dans Des Mots français

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