Bonjour à tous et à toutes
Dimanche dernier, je vous offrais le poème de Baudelaire L'invitation au voyage, et lundi je vous informais que le blog était en travaux.
En réalité, j'étais carrément en train de préparer les cartons ! Pourquoi, me direz-vous ?
Certains d'entre vous le savent sûrement, Over-blog nous promet des changements dans l'administration de nos blogs, une nouvelle interface censée les améliorer, les rénover, les embellir... et plus encore !
En réalité, cette nouvelle interface (obligatoire pour les nouveaux blogs inscrits depuis juin 2012) ne nous simplifie pas du tout le travail, du moins pour ceux qui, comme moi, ont des compétences plus que basiques en informatique. Et le résultat proposé ferait plutôt ressembler nos blogs à du "micro-blogging" ou même Fa***ook... Cela fait craindre à beaucoup une perte de contenu, d'originalité, de personnalisation...
J'ai donc beaucoup réfléchi et avefc l'aide de Cachou, du blog Les lectures de Cachou, et de Lord Jim, un web designer vraiment pro, ce blog a déménagé vers une nouvelle plateforme. J'ai choisi Wordpress, et le blog a désormais une nouvelle adresse. Il porte toujours le même nom, mais vous verrez qu'il a un nouveau look !
Pour vous y rendre, cliquez ici :
Vous pouvez dès maintenant visiter les lieux et vous abonner si vous souhaitez continuer à découvrir mon univers de livres et de notes de musique.
Les commentaires de celui que j'appelle désormais l'ancien blog sont fermés dès ce matin et il est vraisemblable que d'ici un mois environ, je le supprimerai définitivement.
La seule chose que je regretterai, ce sont les communautés, qui n'existent pas sur Wordpress (je crois !) et en particulier celles d'Anis, Littérature au féminin, et Denis, Lectures partagées. Mais cela ne m'empêchera pas de continuer à lire au féminin et à partager mes enthousiasmes (ou déceptions) de lectrice !
Merci de votre fidélité et à très vite sur le nouveau blog !
Si vous avez l'habitude de vous connecter ici, vous costaterez de petits désordres sur ce blog : par exemple, des logos ont disparu et sont remplacés par le logo d'Over-blog (pas de volonté de pub gratuite de ma part, rassurez-vous).
Simplement le blog est en chantier, c'est normal, on est en période de rentrée, les grands travaux reprennent !
C'est l'affaire de quelques heures (jours) pour tout remettre en ordre. Et tant que les travaux durent, je ne publierai pas de billets de lecture ici. Patience... et suspense !
En attendant, après avoir dégusté les nouvelles de Sylvain Tesson, Une vie à coucher dehors, je vais commencer le livre voyageur d'Hélène (du blog Littérature et chocolat), C'est pour ton bien, d'Alma Brami. Et je lirai au moins un livre avec le mot "enfant" pour le challenge Un mot, des titres...
Bonne semaine de rentrée et de lecture et à (très) bientôt !
Fin de vacances, clin d'oeil à ceux qui partent seulement maintenant, aspiration à un ailleurs mystérieux... Renouons avec Baudelaire en ce dimanche.
L'INVITATION AU VOYAGE
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Quatrième de couverture :
Le jour même de la mort de son mari Henry Holland, comte de Slane, lady Slane décide de vivre enfin sa vie. Elle a quatre-vingt-huit ans. Lady Slane surprend alors son entourage en se retirant à Hampstead. Dans sa nouvelle demeure, toute passion abolie par l’âge et le choix du détachement, lady Slane se sent libre enfin de se souvenir et de rêver…
Deux livres de poche aux couvertures redessinées par Christian Lacroix traînaient depuis plusieurs mois dans ma PAL. Le premier y restera peut-être encore... longtemps, mais un voyage d'un jour en Angleterre (patience, je vais vous en parler aussi !) m'a donné l'occasion de sortir celui-ci de son oubli. Et voilà, j'ai découvert une nouvelle romancière anglaise, qui, je le sens, va m'accompagner désormais, car je n'en resterai pas à ce premier titre.
Toute passion abolie, c'est l'histoire d'une vieille dame, une lady anglaise dont l'illustrissime mari a été Premier ministre et Vice-roi des Indes. Son existence dorée a été couronnée par la naissance de six enfants dont les quatre aînés s'efforcent de suivre les traces et le rang de leur père, tandis qe les deux plus jeunes semblent un peu plus fantasques. Oh une originalité qui ne se fait pas remarquer, cela ne se fait pas dans ce milieu chic et feutré.
Et voilà qu'à la mort de Lord Henry, Lady Slane, qui s'est toujours montrée une femme réservée, parfaite maîtresse de maison, merveilleusement accordée à son mari, refuse les propositions plus ou moins bien intentionnées de ses enfants et décide d'aller vivre seule, avec sa fidèle femme de chambre française, à Hampstead. Elle va y retrouver une petite maison qui semble faite pour elle, où elle pourra finir sa vie tranquillement. Elle pourra apprivoiser ce corps qui vieillit et contempler les jours enfuis avec sérénité.
Le propriétaire de la maison, Mr Bucktrout, l'entrepreneur qui arrange la maison, Mr Gosheron, ont deviné que la vieille dame si parfaite cache une passion ancienne, qui va doucement remonter à la surface. Et dans cette retraite qu'elle espérait tranquille, Lady Slane n'est pas au bout de ses surprises... Mais je ne vous en dirai pas plus, à vous de le découvrir si vous le désirez...
Vita Sackville-West, c'est le chic anglais dans toute sa splendeur, une élégance morale doublée d'une finesse d'observation pleine d'humour (voire même d'un brin de férocité). Dans ce roman paru en 1931, cette femme, qui revendiqua elle-même de mener une vie libre, trace le portrait d'une femme dont les aspirations personnelles ont été effacées au profit d'une vie d'épouse et de mère. A l'époque de Lady Slane, on ne souciait même pas de savoir si les jeunes filles envisageaient autre chose que le mariage, il fallait obéir à ses parents et entrer dans le moule. Cela assurait la pérennité de cette haute société anglaise, que personne, et certainement pas les hommes, ne remettait en cause.
Attention, le roman n'est pas un brûlot féministe, tout se fait avec grâce et distinction, et Lady Slane elle-même trouve très vite les codes pour tenir son rang dans cette société. Non, la magie de ce livre tient dans le portrait de cette femme marquée par le grand âge, qui se souvient de sa jeunesse et trouve encore à s'épanouir à quatre-vingt huit ans... et dans le raffinement extrême avec lequel Vita Sackville-West trace son chemin, ses rêves, sa féminité. Quelques vieux messieurs un rien excentriques viennent compléter avec bonheur ce tableau.
Un petit bijou de délicatesse, de chic anglais, empreint de nostalgie et de liberté retrouvée.
"Ceci expliquait sans doute le trouble dans lequel se trouvait FitzGeorge en attendant Kay. Mal à l'aise et agacé, il sentait qu'il devait faire allusion au deuil survenu chez les Holland, mais leur commune discrétion sur toute question personnelle l'en empêchait. D'ailleurs Kay le contrariait. C'était irresponsable de sa part d'avoir perdu son père, et de ne pas avoir annulé son rendez-vous. En même temps, pour M. Fitzgeorge, rien n'était plus impardonnable que d'annuler un rendez-vous. Définitivement contrarié, il attendait l'arrivée de Kay en tapotant la vitre du Boodle. Il dirait quelques mots. Soit. Et tout de suite serait le mieux. Puis on parlerait d'autre chose. Mais si, en plus, Kay était en retard ? En trente ans, cela ne lui était jamais arrivé. Jamais. Il ne s'était jamais décommandé non plus. M. Fitzgeorge sortit un oignon en argent payé trois sous et consulta l'heure. Huit heures dix-sept. Il vérifia l'horloge de St James's Palace. Kay était donc en retard. Deux bonnes minutes. Mais le voilà qui sortait de son taxi." (p. 32)
"Assise au soleil d'Hampstead dans l'été finissant, appuyée contre le mur du sud orné de pêches mûres, les mains inoccupées, elle se souvint du jour lointain de ses fiançailles avec Henry. Inlassablement désormais, elle prenait le temps de pénétrer jusqu'au coeur même de sa vie, comme on parcourt l'immensité d'une campagne qui devient ainsi un vaste paysage et non plus une mosaïque de champs, d'années et de jours, pouvant dès lors en saisir l'unicité, en avoir une vue d'ensemble, et peut-être même s rapprocher à son gré d'un des champs, le parcourir en pensée pas à pas, tout en continuant à l'observer de haut, ainsi réintégré dans la totalité des lieux, avec son contour exact dessiné par une haie, et une ouverture permettant de se glisser dans le champ voisin. Le temps était enfin venu de refermer un à un les cercles de sa vie. Lentement elle traversa ce jour, comme on avance dans un étroit sentier d'herbe, avec de l'oseille et des boutons d'or qui ondulent au bord du chemin. Elle ne cessa de le retraverser, du petit déjeuner jusqu'au soir, et à mesure que les aiguilles progressaient sur l'horloge, chaque heure semblait ainsi retrouver son existence propre." (p. 105-106)
Vita SACKVILLE-WEST, Toute honte abolie, traduit de l'anglais par Micha Venaille, Editions Autrement, 2005 (et cette édition au Livre de poche, en 2010)
L'avis de Valou
Si j'ai lu ce livre (que je place dans le challenge de littérature anglaise), c'est parce que je suis allée visiter les jardins de Vita Sackville-West à Sissinghurst (Kent). Un éblouissement... J'en parlerai à propos du prochain livre qui sera chroniqué ici, mais voici déjà l'une ou l'autre photo qui vous prouvera, s'il en est besoin, le raffinement de la maîtresse des lieux et de son mari, Harold Nicolson...
(A l'arrière-plan, la tour où Vita écrivait)
(Dans le domaine du jardin, The Priest's House. Peut-être a-t-elle inspiré la maison de Hampstead...)
Quatrième de couverture :
"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur."
Quand Suzanne vient dans la maison de Serge à Montmartre, il ne la remarque pas. Elle accorde le piano de son fils. Elle est mariée, lui aussi, et à 62 ans il a ce dont rêvent les hommes : un métier rentable, une jeune femme parfaite, deux beaux enfants. Pourquoi soudain recherche-t-il Suzanne qui n'est ni jeune, ni belle, et apparemment ordinaire ? Pourquoi va-t-il lui confier un secret d'enfance dont il n'a jamais parlé et qui a changé le cours de sa vie ?
Pour évoquer la passion naissante, les vérités enfouies et coupables, l'absence, le désir et les peurs, l'auteure de Bord de mer, Premier amour et Cet été-là décline avec subtilité, en musique douce, juste et fatale, ces moments clefs où les vies basculent et cherchent désespérément la note juste.
Je n'avais jamais lu Véronique Olmi et j'ai donc été assez contente en ouvrant l'enveloppe de Libfly de découvrir ce roman en avant-première, d'autant plus quand j'ai compris qu'il était notamment question d'une femme accordeuse de piano.
Très vite, j'ai été embarquée dans l'écriture fluide et sensible, à fleur de peau de Véronique Olmi, et dans l'intimité de Serge, homme apparemment comblé par la vie, dont l'univers respire "le luxe, le calme et la volupté". Mais c'est sans compter sur les migraines violentes qui le saisissent n'importe où, à n'importe quel moment, ni sur les regards inquiets que lui lance Théo, sur la relation pour le moins maladroite entre le père et son fils aîné. Les échos de blessures très anciennes traversent les heures de Serge, une mousseline jaune, le couvercle d'un piano qui se referme brutalement...
Pendant que Lucie, la jeune femme de Serge, poursuit une existence lumineuse et préservée, Suzanne initie son apprenti aux mystères de l'accord des pianos et son mari aux mystères du foot. On sent qu'elle s'ennuie, Suzanne, qu'elle se contient dans les plis étroits d'une existence un peu étriquée, qu'elle ne semble pas avoir choisie de plein gré. Et pourtant, elle respire la liberté, une liberté qui va un soir frapper Serge. Leur liaison semble d'abord purement charnelle, deux corps qui s'attirent et se trouvent, s'accordent et se parlent. Mais le désir parfait n'est rien sans l'accord des esprits, sans la note juste des mots échangés. Alors Serge parvient enfin à dire la blessure d'enfance qui a infecté toute sa vie, qui le rend incapable d'écouter son fils jouer du piano et le mure dans un silence inaccessible.
Cette histoire aurait pu être banale,celle de deux adultères croisés, d'un homme jaloux et d'un enfant blessé à jamais. Mais elle est baignée par La grande sonate de Liszt, une musique qui met à nu. L'auteure nous fait approcher au plus près des fêlures intimes de Serge et de Suzanne, sans jamais percer tout à fait leur mystère. Une proximité qui frôle parfois l'étouffement tant les personnages se débattent dans leurs contradictions, leurs désirs, leurs secrets.
D'un automne à l'autre, au long d'une année, nous accompagnons Serge, Lucie, Suzanne et les autres sur la Butte Montmartre, au Parc Monceau : la nature et les arbres endormis par l'hiver nous permettent de nous évader un instant des intérieurs et des coeurs étouffés mais ils cachent le feu sous la glace qui a saisi des enfances depuis longtemps enfuies.
Un roman intimiste, noir, qui cherche désespérément l'accord parfait, qui nous parle d'enfance et de paternité, d'amour fou et de trahison, de musique et de silences.
A écouter en lisant : La Grande Sonate pour piano, de Franz Liszt
Un très grand merci à Libfly, au Furet du Nord et aux éditions Albin Michel pour m'avoir permis de lire ce livre en avant-première de la Rentrée littéraire !
Les avis de Constance, de Jostein et de Leiloona
Véronique OLMI, Nous étions faits pour être heureux, Albin Michel, 2012
Un roman de la Rentrée 2012 qui se passe essentiellement à Montmartre.
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