La part du feu

Publié le par Anne

(couverture La part du feu)

 

Quatrième de couverture :

Ton départ fulgurant n’a été qu’un immense appel, un cri total vers la vie, d’une intensité qui l’a transposé hors de l’audible. Étourdissant, il se perpétue en infrasons pour demeurer ici.

Par bonheur, la musique était entrée en moi assez tôt pour me faire vibrer d’une autre manière. Ces derniers temps, je n’ai été que la fille adoptive du silence. L’heure est venue de réintégrer le domaine impalpable des sons pour y trouver le soulagement. Finie l’inaction totale qui éteint. Heureusement, en musique, il s’agit d’abord de planer sur des étendues calmes, en attendant de redevenir capable de se laisser filer pour descendre des rapides, animé d’une autre sorte d’émotion.

La musique éternelle, indestructible, n’est pas soumise aux contingences de l’humanité. Dans l’abri de son enceinte immatérielle, un pouvoir invisible me maintient en dehors de la menace de tout arrêt du sort. Je réapprends à entendre autre chose que mon chagrin.

(Cette quatrième de couverture reprend des extraits du livre. )

 

Ce récit (oui, récit plus que roman) est porté par la voix d'une mère qui dit le deuil impossible de sa fille. Claire est morte à 22 ans, et le doute qui plane dans les premières pages du roman est levé après un certain temps : il semble que la jeune fille s'est jetée sous un train. Pourquoi cette fille, brillante et belle, à qui tout semblait sourire dans la vie, a-t-elle donné fin à ses jours ? La mère, dont nous ne connaîtrons jamais le prénom, exprime sa colère, son déni, son impuissance à trouver des réponses. Elle dit la dépression qui a envahi ses jours, son incapacité à reprendre une vie normale, à retrouver le fil d'une vraie union avec son mari Gus, ses semblants de vie normale avec ses deux fils, Luc et Michel, qui ont réussi quand même à mener leur barque, à fonder une famille et à donner la vie à leur tour. Tandis que la mère de famille se laisse dévorer, brûler de l'intérieur par la douleur.

"Un train a traversé nos vies, laissant derrière lui le chaos." (p. 112)

Elle raconte tout cela quinze ans après la mort de Claire... Un deuil qui semble impossible, une mère qui ferait tout pour retrouver son enfant. "Je me demande si retenir trop fort la mémoire des défunts n'empêche pas leur âme de décoller du sol pour rejoindre l'un ou l'autre de ces paradis que décrivent les hommes depuis la nuit des temps." (p. 31) Car finalement, bien (trop ?) longtemps après, la mère se rend compte qu'elle a jusque là été enfermée dans sa propre souffrance, qu'elle s'est heurtée à des murs d'incompréhension fabriqués par elle-mêmeen quelque sorte : elle a toujours voulu le meilleur pour ses enfants, elle a toujours placé la barre très haut, elle vivait sans doute une relation assez fusionnelle avec sa fille aînée. Celle-ci a voulu s'affranchir de l'autorité maternelle, chercher dans d'autres absolus épuisants une raison de vivre, et cela se termine tragiquement. Et même dans le déchirement de la séparation, la mère met encore un long temps avant de se mettre vraiment à l'écoute de la douleur de sa fille.

La mère réussira à sorti de la dépression grâce à la musique (magnifique description du Concerto pour la main gauche de Ravel, qui accompagne la douleur) et à la coupure radicale avec le village provençal où la famille s'était réfugiée après le drame. Elle quitte la campagne où le feu dévorant du deuil l'enfermait pour retrouver Marseille, et l'élément liquide de la Méditerranée, pour enfin revivre.

Il me faut l'avouer, j'ai eu un peu de mal à terminer ce livre. Légère panne de lecture ? Pas assez accrochée par un récit où la mère reste omniprésente ? Certes le mode de narration la met sur le devant de la scène mais j'ai peut-être été gênée par cette relation qui reste fusionnelle, obsessionnelle, jusque dans la mort. Certes, la mère réussit à s'en sortir, à vivre avec l'absente dans un nouveau mode de relation. J'ai peut-être été frustrée par l'absence du point de vue des autres membres de la famille. Peut-être un peu étonnée d'un deuil qui est devenu maladif, semble-t-il, et qui tout à coup, se réveille.

L'écriture est serrée, souvent poétique, parfois un peu lourde de vouloir en dire trop. Ce n'est pas évident d'aborder ces thèmes. Est-ce une histoire vraiment vécue ? C'est très intéressant (quoique parfois un peu artificiel) de voir la place de la musique dans cette renaissance.

Un livre difficile par son sujet, il faut accepter d'entrer dans l'intime d'une mère blessée, dévastée par le deuil et de remonter avec elle vers la lumière.

 

Pianiste, chanteuse et chef de chœur, Michèle Bus-Caporali est également diplômée en Sciences de l’éducation. L’écriture est depuis toujours au cœur de son existence et de son activité, à travers la poésie d’abord, puis par le roman, où la musique, auparavant présente seulement dans l’euphonie et le rythme des phrases, prend désormais une place essentielle au sein du propos.

 

Michèle BUS-CAPORALI, La part du feu, Symétrie, 2011

 

Un grand merci aux Editions Symétrie et à Vincent des Agents littéraires pour l'envoi de ce livre.

Publié dans Des Mots français

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Alex-Mot-à-Mots 26/10/2011 18:53


Un drame qui aurait gagné à être mis en musique, peut-être.


Anne 26/10/2011 19:21



Certains compositeurs ont été inspiréspar la mort d'n enfant, Mahler par exemple qui a perdu une de ss filles à l'âge de 5, 6 ans, je crois, et qui a écrit ensuite (si je me souviens bien !) les
Kindertotenlieder. Il doit y en avoir d'autres...



sophie57 23/10/2011 23:40


j'ai beaucoup de mal avec les histoires de parents qui perdent un enfant, j'en ai déjà lu qqs unes, et j'ai du mal à supporter, qqsoit la qualité du bouquin.Pour moi il ne doit pas exister de pire
drame(sauf peut-être un enfant disparu),et je ne parviens pas à l'apprécier en littérature.


Anne 24/10/2011 14:55



C'est vrai que c'est le deuil le plus terrible apparemment. J'ai lu un témoignage, publié régionalement, d'une mère dont la fille déjà adulte est morte des suites d'un accident de voiture. On ne
se remet sans doutejamais de ce drame...



antigone 23/10/2011 16:56


Je modère fortement les partenariats en ce moment, cela m'entraîne trop de pannes de lecture... ;)


Anne 23/10/2011 17:03



Peut-être que le sujet était trop lourd pour moi en ce moment. En tout cas, ce n'était pas un "page-turner" comme on dit !



Anis 23/10/2011 14:45


Comment écrire la douleur de la perte sans qu'elle soit pesante ? Cette question m'a souvent traversée, parce que la lecture est à la fois connaissance et divertissement.


Anne 23/10/2011 17:02



Tu mets le doigt dessus, et certes, le deuil peut littéralement "tuer" quelqu'un, tout le monde ne s'en sort pas "bien", tout le monde ne parvietn pas à vivre avec, mais là il y avait un petit je
ne sais quoi gênant. Inabouti ?