Salam Gaza

Publié le par Anne

   Quatrième de couverture :

   Le 28 décembre 2008, l’armée israélienne déclare la guerre à Gaza. La tragédie palestinienne est sans fin, et de guerre en guerre la blessure se fait plus béante. Meurtri, le poète Tahar Bekri note au jour le jour son indignation, échange via Internet avec des intellectuels de toutes origines, dénonce les projets expansionnistes, l’indifférence internationale, ou presque. Qu’en est-il de la conscience universelle ?
Peu après, au mois de mars, il est invité à Ramallah, Naplouse, Jérusalem-Est et Bir Zeit pour un cycle de lectures. Confronté à la réalité de la vie en Palestine occupée, il nous restitue minutieusement son voyage, ses rencontres, ses impressions où affleurent colère et émotion.
Ni stratège ni idéologue, Tahar Bekri livre ici un journal personnel, traversé de poésie, dans lequel s’esquisse une interpellation morale de l’Histoire.

 

 

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'opération "Deux éditeurs se livrent" organisée par Libfly : elle nous permet de découvrir deux éditeurs du Maghreb, Elyzad et Barzakh. Pourquoi avoir choisi ce titre ? Parce que je suis allée en Israël l'été dernier bien sûr. Et aussi à cause de la très belle couverture, plaisir lié au toucher du livre et à la qualité de son papier. Des éditions soignées, cela se savoure !

Mais le sujet est loin d'être tendre : le livre se présente comme des carnets, rédigés en deux parties. La première s'intitule "La guerre contre Gaza" ; l'auteur, poète avant tout, réagit à l'agression israélienne envers Gaza, de Paris où il réside. Avec lui, d'autres poètes et intellectuels s'indignent devant  l'ingérence d'Israël, le non-respect des accords de paix, devant le climat de violence, de destruction et de terreur que fait régner Tsahal (l'armée israélienne). Ils dénoncent la quasi indifférence du monde occidental et l'impuissance des Nations Unies.

"J'écris, meurtri, blessé, en colère. Encore un malheur qui frappe le monde arabe. Le monde ne bougera pas le petit doigt. Le Hamas est une cause perdue d'avance. C'est contre lui que la guerre est déclarée, non contre la population, affirme l'arm"e israélienne. Les morts des civils, femmes et enfants, alors ? C'est virtuel ? Je décide de diffuser le poème Salam sur Gaza par internet, de l'envoyer pour les voeux du nouvel an. Comment accepter ce qui se passe à Gaza ? C'est intolérable ! La guerre est lâche, inégale. Je me sens terriblement impuissant à crier mon indignation. L'armée israélienne continue ses raids, bombarde, tue par dizaines. Les Palestiniens n'ont ni chars ni moyens de riposte contre les avions. En si peu de jours, le bilan est lourd, et ce ne sont pas les quelques roquettes du Hamas qui arrêteront le déluge e feu qui s'abat sur la population civile. Tout constitue une bonne cible à atteindre. peu importe les lois de la guerre. Un poète épris de paix peut-il rester insensible devant l'horreur ?" (p. 26)

 

La deuxième partie du récit relate le voyage que fait Tahar Bekri dans les territoires occupés quelques mois après le drame. Il est invité par le Centre culturel français à faire des lectures de ses textes à Ramallah, à Naplouse et à Jérusalem. Il ne pourra pas se rendre à gaza comme il l'aurait souhaité (personne ou presque ne peut se rendre à Gaza, encore maintenant d'ailleurs). Il constate les contrôles, les procédures humiliantes aux frontières et aux check-points installés un peu partout, il découvre la situation intolérable des réfugiés dans les camps de Naplouse. Mais il ose une parole poétique - prophétique peut-être ? -, une présence toute symbolique mais précieuse aux yeux de ceux qui habitent les "territoires occupés".

C'est cette partie du livre qui m'a le plus touchée : l'été dernier, je ne suis pas allée à Naplouse (avec Gaza et Ramallah ce sont les lieux infréquentables de cette terre aux yeux des Israéliens) mais j'ai vu la réalité d'un camp de réfugiés à Bethléem, tout près du mur que le gouvernement Sharon a fait construire, j'ai entendu le témoignage de soeur Sophie, la responsable de l'orphelinat de Bethléem, où elle recueille des enfants palestiniens abandonnés à la naissance, des enfants inadoptables qui n'existent pour personne, et surtout pas aux yeux des Israéliens qui font tout pour les tenir enfermés dans leur étroite bande de terre. J'ai entendu aussi la confirmation d'un témoin sur les blessures au phosphore perpétrées par Tsahal à Gaza, avec des bombes qu'ils prétendent ne pas utiliser devant la communauté internationale. J'ai entendu aussi de jeunes Palestiniens nous expliquer qu'ils ont accès à l'eau un jour par semaine, en la ayant quatre fois plus cher qu'en Israël, tandis que les colons peuvent en user et en abuser à leur guise. Des jeunes dont l'avenir est bouché.

En lisant ce court récit de Tahar Bekri, j'ai retrouvé la colère et l'impuissance ressenties à Jérusalem l'an dernier. Le poète, lui, veut encore croire à la force du témoignage, de la culture, de la fraternité. "La poésie a toujours été pour moi une leçon d'humanité. Sa beauté réside dans sa générosité, dans son refus de la laideur, de la haine, de la raison arbitraire. Commet un coeur de poète peut-il accepter tant de violence, tant d'injustice ?" (p. 101) Qu'il soit entendu par tous les artisans de paix de cette terre blessée !

 

Un grand merci aux éditions Elysad et à Libfly pour l'envoi de ce livre !

 

Tahar BEKRI, Salam Gaza, Elysad, 2010

 

L'avis de Mimipinson

Un livre pour le challenge Petit Bac, catégorie Lieu laurier-couronne-fdb39 

 

1 / Deux éditeurs se livrent spécial Maghreb / Lire et partager jusqu'au 10 février

 

 

Commenter cet article

Dykkedelver 05/02/2012 08:10

Merci pour la découverte de Salam Gaza ! (C'est le premier article que je lis sur votre blog)

Anne 05/02/2012 09:47



Bienvenue et bon dimanche !



mimipinson 01/02/2012 08:23

Un avis qui vient du fond de tripes.

Anne 01/02/2012 12:51



Ca évoquait tant de choses qui font encore (parfois même seulementmaintenant) leur chemin en moi !



Syl 01/02/2012 07:39

La couverture du livre est très belle.
Quant à ton billet, il est un beau témoignage.

Anne 01/02/2012 12:50



Je trouve ce visage tellement interpellant !